Puy-de-Dôme : mais que cachent les tréfonds du lac Pavin ? (vidéo)

Ce cratère d’eau très fraîche (4 °C toute l’année), à 1 197 m d’altitude, dans le Puy-de-Dôme, est le théâtre de multiples légendes depuis des siècles. Chaque année, 200 000 visiteurs sont attirés par son atmosphère étrange. © Antonin Borgeaud / GEO

Ceci n’est pas un lac. Dessinant un cercle presque parfait, le rivage contient certes une eau glaciale et lisse comme le marbre. Il arrive même qu’une barque glisse à sa surface. Pourtant, le lac Pavin, à 1 197 mètres d’altitude dans les monts Dore (Puy-de-Dôme), n’a rien d’un banal plan d’eau. C’est un chaudron magique où, depuis des lustres, on mitonne des histoires à dormir debout.

« Attention, ici, l’onde ne dort qu’en apparence », jure pourtant François Joubert, 60 ans, qui a longtemps tenu les rênes du seul restaurant posté en bordure du lac. « Enfant, on nous interdisait d’en approcher », ajoute son ami Antoine Sachapt, dit Toinou, 82 ans. « De toute façon, on avait trop la trouille », 

renchérit Louis Crégut, alias Loulou. Et André Gay, l’ex-maire de Besse-et-Saint-Anastaise, commune la plus proche, de dresser la fiche d’identité du « lac le plus énigmatique de France » :

 « Son eau loge dans un maar de 800 mètres de diamètre, un cratère volcanique d’à peine 7 000 ans. Sa profondeur est de quatre-vingt-douze mètres, mais les savants vous diront qu’il y a en réalité deux lacs superposés, dont les eaux ne se mélangent pas. Jusqu’à soixante mètres sous la surface, on trouve de l’oxygène et une vie aquatique classique, tandis que les trente derniers mètres sont dits anoxiques, sans oxygène. »

Non, décidément, ce lac n’en est pas un. Et les copains accoudés au comptoir d’un bar du coin sont comme tous les gens d’ici, intarissables sur ses bizarreries. Ce lac est un chaudron magique où, depuis des lustres, on mitonne des histoires à dormir debout.

Satan ? Des dragons ?

« L’une des fables les plus répandues prétend qu’il y avait ici jadis une cité peuplée de sacrés fêtards ! » reprend André Gay, en levant son verre à l’amitié.

La ville aurait été engloutie en une nuit d’horreur. Punition divine. Depuis, le Pavin dissimulerait une sorte d’Atlantide du Massif central. Lorsque le soleil frappe l’eau à la perpendiculaire, il serait possible de distinguer dans les abysses un clocher dressé au milieu de ruines. 

« Il faut quand même avoir une très bonne vue », ironise Alexis Lecadet, guide de montagne.

Lui qui arpente régulièrement les rives préfère s’en tenir à une autre légende, au moins aussi ésotérique : le diable aurait ici son trône, identifiable à une énorme pierre couchée face au lac. Satan pleurerait chaque nuit d’avoir été éconduit par la seule femme vertueuse du village, et c’est pour cela que les eaux seraient d’humeur si chagrine.

D’autres voix affirment que le vrai danger du lac, ce sont ses habitants, deux dragons. Des monstres du loch Ness à la sauce auvergnate. Le premier cracherait une fumée qui rend aveugle, le second pétrifierait les humains d’un simple éternuement.

Le Pavin porte bien son nom, du latin pavens, qui signifie « épouvantable ». Même Alexandre Vialatte ne s’y est pas trompé. L’écrivain, auvergnat de cœur, était fasciné par ce lieu. 

« Prenez le bâton du pèlerin et laissez-vous torturer par le mystère que le Pavin a su inscrire dans sa circonférence banale, graphisme simple d’une magie raffinée », écrit-il dans L’Auvergne absolue. Tout est dit.

« Ces mythes décrivent des événements réels »

Ces énigmes ont longtemps torturé le géologue et volcanologue Pierre Lavina, 60 ans. Mais à force d’en faire le tour, muni de son bâton de marche, il a acquis une certitude : « Ces mythes décrivent des événements réels. » Longtemps le seul à le penser, il est aujourd’hui le scientifique qui a eu raison avant tout le monde. En 2000, le bureau de Recherches géologiques et minières lui avait confié la réalisation de la carte géologique du secteur de Besse. Très vite, il s’aperçut que le jeune volcan était loin de roupiller comme on le croyait.

« Il suffit d’observer le cratère, explique-t-il. Sur la paroi nord, il manque un énorme morceau par lequel l’eau du lac s’écoule vers le fond de la vallée en formant un torrent qu’on appelle ici la Couze Pavin. Cet exutoire est la preuve d’une activité éruptive postérieure à sa naissance. » 

Trois coulées de boue superposées descendant du haut du lac sur plusieurs kilomètres furent identifiées. Ainsi, le Pavin aurait débordé ou connu des phénomènes d’explosions hydrogazeuses sous-lacustres, vers 1500 avant notre ère, puis autour de l’an 600 et au Moyen Age, vers 1300.

Pour en mesurer les conséquences, Pierre Lavina eut l’idée, avec Michel Meybeck, chercheur à l’université Paris VI, d’analyser chaque légende à la lumière de ces découvertes. Par exemple, les dragons pourraient personnifier les fumées des éruptions hydrogazeuses qui rendent aveugle et paralysent.

Un récit de Grégoire de Tours évoque l’ermite Callupa, qui vécut une attaque de dragon à la fin du VIe siècle à une quinzaine de kilomètres du Pavin, et souffrit de ces symptômes. Quant à l’existence d’une cité engloutie, ne suggère-t-elle pas la violence d’un tsunami ou d’un glissement de terrain ?

La communauté scientifique, évidemment, hurla au fou. D’autant que Pierre Lavina expliqua que des phénomènes éruptifs (coulée de boue, fumée toxique, vague géante) pourraient de nouveau avoir lieu, à la faveur d’une poussée de gaz au fond du lac ou en cas de séisme.

L’homme est aujourd’hui pris au sérieux : dix-huit plots posés autour du Pavin analysent en continu le moindre soubresaut.

« Il y a encore tout à comprendre »

Pour appuyer ses dires, le chercheur a une méthode imparable : il vous emmène en balade. Premier arrêt au pont d’Escarot, à l’ouest du Pavin. Là, dans un pâturage, on découvre des mofettes, des trous d’où s’échappent des gaz volcaniques. Puis direction La Villetour, en contrebas de Besse.

 « J’y ai fait la découverte la plus décisive de ma carrière », glisse-t-il.

D’innombra bles ossements humains et animaux mélangés, des bouts de sternums, de crânes, le reste d’un sabot de cheval semblant remonter au Moyen Age. 

« Ce n’était pas une banale fosse commune, car on n’enterrait pas ensemble humains et animaux au XIVe siècle, prévient Pierre Lavina. Les analyses ont détecté dans les alvéoles des os des traces de gaz carbonique. D’où cette idée, qui doit bien sûr être étayée, d’une catastrophe de type pompéien au pied du Pavin. »

Reste une question : pourquoi n’a-t-on pas plus de textes anciens relatant de tels événements, surtout au Moyen Age ? 

« Il y a encore tout à comprendre, reconnaît le scientifique. De nombreux documents brûlèrent pendant la guerre de Cent Ans et, de la même manière, il reste peu d’archives sur la Peste noire qui frappa ici à la même époque. »

 Les légendes se seraient chargées de la transmission. Et le lac reste un grand livre à déchiffrer.

(Source : GEO)

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