Barreurs de feu et guérisseurs : que sait-on vraiment ?
- Le « barreur de feu » (ou coupeur de feu) prétend soulager les brûlures, souvent par téléphone.
- La pratique, très répandue en France rurale, se transmet en secret.
- Aucune étude sérieuse n’a démontré d’effet réel au-delà du placebo.
- Fait troublant : certains services hospitaliers y ont recours de façon informelle.
Vrai. Plusieurs services de brûlés gardent, officieusement, les coordonnées de « barreurs de feu ». Aucune preuve scientifique de leur efficacité n’existe ; les soignants y voient surtout un soutien psychologique et un possible effet placebo.
Dans bien des campagnes françaises, un réflexe subsiste : en cas de brûlure, on « appelle le coupeur de feu ». Cet homme ou cette femme, qui n’a rien d’un médecin, prétend calmer la douleur à distance, par la prière ou l’imposition mentale. Superstition d’un autre âge ? La réalité est plus troublante qu’il n’y paraît.
Un savoir transmis en secret
Le barreur de feu appartient à la longue lignée des guérisseurs traditionnels. Son « don » se transmettrait de génération en génération, dans le secret, sans jamais se vendre. Au téléphone, il demande le nom et le lieu du brûlé, récite une formule, et affirme « barrer » la brûlure pour empêcher qu’elle ne s’étende. C’est gratuit, discret, et profondément ancré dans la culture rurale.
Que dit la science ?
Rien ne prouve que ça marche. Aucune étude sérieuse n’a montré d’effet du « barrage » sur la cicatrisation ou l’infection. Ce que la médecine reconnaît, en revanche, c’est le pouvoir de l’esprit sur la douleur : se sentir pris en charge, rassuré, croire au soulagement, peut réellement faire baisser la souffrance ressentie. C’est l’effet placebo, puissant mais qui ne soigne pas la plaie elle-même.
Pourquoi des hôpitaux y ont recours
Voici le détail qui déroute : dans plusieurs services de grands brûlés, des soignants gardent le numéro d’un coupeur de feu et l’appellent à la demande des patients. Non par croyance, mais parce qu’un malade rassuré coopère mieux, réclame moins d’antidouleurs, s’angoisse moins. Le geste relève de l’accompagnement, pas du traitement. La frontière est ténue, et rappelle d’autres pratiques où la croyance prend le pas sur la preuve, comme celle des chirurgiens psychiques philippins.
Croire sans renoncer aux soins
Le vrai danger n’est pas d’appeler un barreur de feu : c’est d’y voir un remplacement de l’hôpital. Une brûlure grave se soigne en urgence, point. Le reste — la prière, le réconfort, le rituel — appartient au vaste territoire des croyances qui accompagnent l’humanité depuis toujours, du bûcher des sorcières les plus célèbres au sens caché qu’on prête à l’interprétation des rêves. Fascinant, mais à sa juste place.
