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Légendes & mystères

Structure de Richat : d’où vient l’Œil du Sahara ?

Maël Kerdraon Par Maël Kerdraon · 9 juillet 2026 · 5 min de lecture
L’essentiel
  • La structure de Richat, ou Œil du Sahara, est un cercle de 40 km de diamètre en Mauritanie.
  • Visible de l’espace, elle a longtemps intrigué astronautes et géologues.
  • Ce n’est ni un cratère d’impact ni une cité engloutie, mais un dôme géologique érodé.
  • Ses roches comptent parmi les plus anciennes de la région.
40 km
de diamètre, visible depuis l’orbite
100 M
d’années d’érosion patiente
0
impact de météorite : hypothèse écartée

Vue du ciel, elle ressemble à une cible géante posée sur le désert mauritanien, ou à un œil grand ouvert sur le Sahara. La structure de Richat a nourri toutes les hypothèses : cratère de météorite, ancien site nucléaire, base secrète, et même emplacement de l’Atlantide engloutie. La réalité, patiemment reconstituée par les géologues, est moins romanesque — mais tout aussi vertigineuse, parce qu’elle se compte en dizaines de millions d’années.

Un point de repère vu de l’espace

Dans les premières missions spatiales, les astronautes cherchaient des repères au sol pour s’orienter et régler leurs appareils photo. Le Sahara, immense et monotone, en offrait peu : l’Œil de Richat est vite devenu l’un des plus utiles, tant ses anneaux concentriques tranchent sur l’uniformité des sables. C’est cette visibilité extraordinaire, depuis les capsules Gemini jusqu’à la Station spatiale, qui a lancé la légende bien avant qu’on en comprenne l’origine.

Cratère de météorite ? L’hypothèse écartée

La forme parfaitement circulaire a d’abord fait penser à un impact d’astéroïde : l’idée a dominé pendant des décennies. Mais les géologues venus sur place n’ont trouvé aucune des signatures d’un choc. Pas de roches fondues par la chaleur de l’impact, pas de quartz « choqué » dont les cristaux sont déformés par l’onde, pas de bord surélevé. Et surtout, le centre de la structure est quasiment plat, alors qu’un cratère se creuse. Faute de preuve, l’hypothèse du météore a été abandonnée.

La vraie histoire : un dôme patiemment érodé

L’explication admise est plus lente, et plus belle. Il y a très longtemps, des couches de roches sédimentaires empilées ont été soulevées en un vaste dôme, poussées par-dessous, peut-être par une remontée de magma qui n’a jamais percé la surface. Ce dôme a ensuite été raboté par l’érosion pendant des dizaines de millions d’années.

Comme les couches n’ont pas toutes la même dureté, l’érosion en a creusé certaines et laissé d’autres en relief. Les roches résistantes forment les crêtes concentriques, les tendres les sillons : exactement comme les anneaux d’un tronc d’arbre coupé, mais à l’échelle d’un massif. D’où ces cercles presque parfaits que l’on voit depuis l’espace.

Ni cratère, ni cité perdue : des dizaines de millions d’années d’érosion suffisent à sculpter un cercle de 40 km.

Ce que révèlent les roches

Richat est devenu un terrain de jeu pour les géologues, car l’érosion y a mis à nu des couches d’âges très différents, faciles à lire côte à côte. On y trouve des roches volcaniques, des brèches, et même une roche siliceuse rare formée dans les cavités. Sur le sol, les archéologues ont ramassé des outils de pierre taillée : preuve que des populations préhistoriques ont fréquenté la zone, à une époque où le Sahara était bien plus humide.

Et l’Atlantide ?

Ces dernières années, des vidéos très partagées ont tenté d’identifier Richat à l’Atlantide décrite par Platon, à cause de ses anneaux concentriques censés évoquer les canaux de la cité. C’est séduisant sur le papier, mais cela ne tient pas : la structure fait 40 km (bien plus grand que la cité de Platon), elle n’a pas été au niveau de la mer à l’époque supposée, et on n’y a trouvé aucune ruine, aucun mur, aucune trace d’une grande civilisation. Le mystère de Richat n’est pas archéologique : il est géologique. Comme souvent, la nature seule suffit à fabriquer de l’extraordinaire — un peu comme cette Octlantis, la ville des pieuvres, qui n’a rien d’une légende et pourtant tout d’une cité.

Peut-on la visiter ?

Oui, mais cela se mérite. On rejoint généralement la vieille ville caravanière d’Ouadane, classée à l’UNESCO, puis on s’enfonce dans le désert en 4×4 avec un guide local. Depuis le sol, on ne perçoit pas les cercles : on traverse une succession de crêtes rocheuses et de vallons, et c’est justement ça qui est troublant. Quelques voyageurs survolent la structure en ULM pour en saisir enfin la forme d’œil. Une expédition exigeante, réservée aux baroudeurs, dans une région où l’état de sécurité doit impérativement être vérifié avant tout départ. Rien à voir avec une escapade d’un week-end vers nos lieux hantés de France — mais le même goût de l’ailleurs.

À propos de l'auteur

Maël Kerdraon
Maël Kerdraon

Né en Bretagne, biberonné aux légendes de bord de mer, je parcours le monde pour ses grands paysages autant que pour ses lieux qui intriguent. Sur Voyage Insolite, je ne raconte que des endroits où je suis allé — et dont j'ai pris le temps de vérifier l'histoire.