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Pourquoi le manoir Colimaçon fascine autant : escalier blanc, 90 fenêtres et abandon

Maël Kerdraon Par Maël Kerdraon · 6 septembre 2026 · 6 min de lecture

Le manoir Colimaçon intrigue parce qu’il réunit plusieurs éléments rares dans un même lieu : des surnoms multiples, une architecture singulière, un escalier devenu emblème et un état d’abandon qui nourrit la curiosité. Derrière ce nom bien connu des amateurs d’urbex se trouve le Château de la Loge des Prés, situé en Seine-et-Marne, dans la commune des Écrennes.

Un lieu aux nombreux noms, mais une identité bien précise

Le manoir Colimaçon est souvent présenté comme un repère de l’exploration urbaine en Île-de-France, mais son identité officielle reste plus patrimoniale : il s’agit du Château de la Loge des Prés. Selon les récits, les sites d’urbex et les passionnés de lieux insolites, le bâtiment circule sous plusieurs appellations, ce qui entretient la confusion.

Manoir colimaçon abandonné en Seine-et-Marne vu de l'extérieur
Manoir colimaçon abandonné en Seine-et-Marne vu de l’extérieur
Nom utilisé Ce qu’il désigne
Manoir Colimaçon Surnom lié à son escalier en colimaçon, devenu l’élément le plus reconnaissable du lieu.
Château de la Loge des Prés Nom associé à la propriété située aux Écrennes.
Château des Écrennes Appellation géographique, utilisée pour le situer rapidement.
Manoir Joachim Kroll Surnom rencontré dans l’univers urbex, distinct de son identité historique.
Manoir aux papillons bleus ou Manoir de la lune d’or Noms poétiques issus des récits et de l’imaginaire attaché au site.

Cette multiplicité explique une partie des hésitations autour du lieu. Pour l’identifier sans se tromper, le repère le plus fiable reste le triptyque suivant : Château de la Loge des Prés, Les Écrennes, Seine-et-Marne.

Où se trouve le manoir Colimaçon et dans quel environnement ?

Le site se trouve aux Écrennes, une commune de Seine-et-Marne d’environ 600 habitants. Le cadre est rural, à l’écart des grands axes urbains, et cette situation compte beaucoup dans l’atmosphère du lieu. On l’associe à un parc, à un petit lac, à une ferme proche et à un château d’eau, autant d’éléments qui renforcent l’impression d’un domaine isolé.

Escalier du manoir colimaçon en vue verticale
Escalier du manoir colimaçon en vue verticale

Cette localisation explique aussi son attrait pour les curieux : le manoir n’est pas seulement une bâtisse abandonnée, mais une propriété entière qui a gardé les traces d’un ancien mode de vie. La présence de dépendances, d’espaces extérieurs et de volumes importants donne au site une dimension presque scénographique, sans perdre son ancrage rural.

Un point reste essentiel : un lieu abandonné n’est pas un lieu libre d’accès. L’urbex se heurte à la propriété privée et à des risques concrets, comme les chutes, les effondrements, le verre brisé, les planchers fragilisés ou la pollution. Comprendre l’histoire du manoir ne suppose pas d’y entrer.

Pourquoi l’appelle-t-on “Colimaçon” ?

L’escalier blanc comme signature visuelle

Le surnom vient de l’escalier en colimaçon, revêtu de carrelage blanc, qui compte parmi les détails les plus photographiés du bâtiment. Il ne s’agit pas d’un simple escalier secondaire. Il donne au lieu une identité immédiate, presque graphique, au point d’avoir souvent remplacé son nom historique dans les recherches en ligne.

Intérieur du manoir colimaçon avec mosaïques et traces d'abandon
Intérieur du manoir colimaçon avec mosaïques et traces d’abandon

Un escalier en spirale structure l’espace. Il guide le regard, relie les niveaux et crée une colonne intérieure autour de laquelle l’imaginaire circule. Dans un manoir abandonné, cet élément change la perception du lieu. Là où une pièce vide raconte surtout l’absence du mobilier, l’escalier raconte encore le mouvement. Il rappelle qu’ici on montait, on descendait, on circulait, on observait.

Un second escalier qui révèle l’ampleur du bâtiment

Le manoir comprend aussi un escalier de service desservant 5 niveaux, du sous-sol au toit-terrasse. Cette donnée montre que la demeure ne se limite pas à une façade pittoresque. Elle possédait une organisation complexe, avec des espaces de réception, des circulations techniques et des niveaux multiples. Le surnom Colimaçon est donc pratique, mais il ne résume qu’une partie du bâtiment.

Une histoire faite de transformations et d’abandon

L’histoire connue du manoir commence à la fin du XIXe siècle. La demeure serait à l’origine une maison bâtie autour de 1897. Elle change ensuite de mains, notamment avec un rachat en 1913, avant de connaître d’importants travaux dans les années 1920. Ces transformations expliquent probablement son aspect composite, entre résidence bourgeoise, château réinventé et demeure au décor très personnel.

Le lieu est notamment associé à Louis Corbin, puis à un ingénieur iranien, souvent mentionné dans les récits sur la propriété. La chronologie devient ensuite plus floue, comme c’est fréquent pour les bâtiments privés tombés dans l’abandon. Le dernier propriétaire aurait quitté le pays, et le site aurait été progressivement délaissé à partir de la fin des années 1970.

Avec le temps, les intempéries, les intrusions, les pillages et les actes de vandalisme ont accéléré la dégradation. Un incendie survenu en 2023, notamment au niveau de la toiture, a encore fragilisé l’ensemble. Cette évolution explique l’écart entre les photos anciennes, souvent plus lisibles, et l’état actuel décrit par les explorateurs.

Une architecture hétéroclite qui explique sa fascination

Volumes, fenêtres et décors intérieurs

Le manoir frappe par son accumulation de détails. Il est décrit comme un bâtiment en pierres de taille, briques et béton, avec une esthétique hétéroclite mêlant influences victoriennes et décorations Art nouveau. On y mentionne plus de 90 fenêtres, plus de 20 pièces, parfois jusqu’à 27 selon certaines sources, ainsi que 3 salles de bains et 2 salles d’eau.

Localisation du manoir colimaçon

Parmi les éléments les plus marquants figurent les mosaïques intérieures et extérieures, les boiseries riches, une salle de bal, un sauna, un observatoire, un toit-terrasse et une tour hexagonale. L’ensemble donne au bâtiment un caractère presque labyrinthique, très éloigné de l’image d’une simple maison abandonnée. Le lieu conserve encore, malgré les dégradations, une vraie force visuelle.

Pourquoi l’urbex l’a rendu célèbre

Le manoir Colimaçon fascine parce qu’il associe photogénie et récit. L’escalier blanc, les mosaïques, les volumes vides et les traces de luxe déchu créent une tension visuelle forte. On devine une ancienne splendeur tout en constatant sa disparition. C’est cette contradiction qui attire les amateurs d’exploration urbaine.

Sa notoriété a aussi un revers. Plus un lieu devient célèbre dans les communautés urbex, plus il s’expose aux visites répétées, aux dégradations et aux pillages. Le manoir Colimaçon est donc à la fois un objet de fascination, un témoin architectural singulier et un exemple fragile de patrimoine non protégé, dont l’avenir reste incertain.

À propos de l'auteur

Maël Kerdraon
Maël Kerdraon

Né en Bretagne, biberonné aux légendes de bord de mer, je parcours le monde pour ses grands paysages autant que pour ses lieux qui intriguent. Sur Voyage Insolite, je ne raconte que des endroits où je suis allé — et dont j'ai pris le temps de vérifier l'histoire.