Barrage de Bimont : la voûte au pied de la Sainte-Victoire
Ouvrez la ligne qui vous concerne.
Vous venez photographier l’ouvrage
Le meilleur point de vue est le couronnement lui-même, puis le sentier qui remonte en rive droite : il dégage la voûte entière avec la crête de la Sainte-Victoire derrière. Lumière rasante en fin d’après-midi, la paroi étant orientée vers l’aval.
Vous partez en randonnée
Le pied du barrage est un départ classique vers la Croix de Provence et le GR9. Comptez une vraie demi-journée, avec de l’eau : il n’y a aucun point de ravitaillement au-delà du parking.
Vous voulez comprendre la technique
Descendez d’abord voir le barrage Zola dans les gorges de l’Infernet, puis remontez à Bimont. Dans cet ordre, la filiation entre les deux voûtes devient évidente.
Il y a des ouvrages qu’on photographie sans jamais les comprendre, et Bimont en fait partie. On arrive par la route d’Aix, on découvre une paroi de béton courbe encaissée dans le calcaire, un plan d’eau vert au pied de la montagne de Cézanne, et l’affaire semble entendue. Sauf que cet ouvrage retient une eau qui ne vient pas de là, et qu’il a un ancêtre à quelques centaines de mètres en aval.
Ce qu’on vient voir exactement
Une voûte dans une entaille de calcaire
Bimont est un barrage-voûte : une coque de béton incurvée, mince au regard de sa taille, qui reporte la poussée de l’eau sur les deux flancs rocheux de la vallée plutôt que de lui résister par son seul poids. C’est le type d’ouvrage que les gorges étroites autorisent, et l’Infernet en offre une parfaite : un verrou de calcaire, resserré, solide. La hauteur est de l’ordre de 87 mètres depuis la fondation, pour une retenue d’environ 14 millions de mètres cubes.
Un décor qui écrase l’ouvrage
La Sainte-Victoire ferme l’horizon au sud-est, et c’est elle que la plupart des visiteurs regardent en premier. L’effet est trompeur : on sous-estime les dimensions du barrage tant que l’on n’a pas marché sur son couronnement et jeté un œil vers l’aval.
Ce qu’on ne peut pas faire
Baignade et navigation sont interdites sur la retenue. Ce n’est pas une réserve naturelle protégée d’un excès de fréquentation : c’est une réserve d’eau potable, avec des variations de niveau rapides et des berges instables.
Un barrage qui ne retient pas sa propre rivière

L’Infernet ne suffirait pas
C’est l’anomalie la plus intéressante du site. L’Infernet est un cours d’eau méditerranéen modeste, capable de crues brutales mais incapable de remplir seul une retenue de cette taille, encore moins de la maintenir pleine pendant un été provençal. Un tel bassin ne se justifierait jamais par sa ressource locale.
Le même relief provençal a servi d’autres ambitions : la citadelle d’Entrevaux doit sa forme à un verrou de vallée, elle aussi.
Le Verdon arrive par le réseau
La réponse tient dans le réseau du Canal de Provence : l’eau du Verdon, captée bien plus au nord, est acheminée par galeries et canaux jusqu’à Bimont, qui joue le rôle de réservoir de tête pour l’alimentation d’Aix-en-Provence et d’une partie du pays d’Aix. Le barrage n’est pas un ouvrage de vallée, c’est un nœud dans une plomberie régionale. Comprendre cela change complètement la lecture du paysage.
Une double fonction, écrêter et stocker
À ce rôle de stockage s’ajoute l’écrêtement des crues de l’Infernet, qui protège l’aval et, en premier lieu, le vieux barrage Zola. Le plus récent des deux ouvrages travaille donc aussi pour le plus ancien.
Le barrage Zola, l’ancêtre en aval

Le père d’Émile Zola, ingénieur
François Zola, ingénieur d’origine italienne installé à Aix, obtient au XIXe siècle la concession d’un canal destiné à alimenter la ville en eau. L’ouvrage clé de son projet est un barrage établi dans les gorges de l’Infernet. Il meurt avant l’achèvement du chantier ; son fils, alors enfant, deviendra l’écrivain que l’on connaît. Le barrage, lui, porte toujours le nom de la famille.
Une voûte avant l’heure
Ce qui vaut au barrage Zola sa place dans l’histoire des techniques, c’est son principe : une voûte en maçonnerie, calculée pour transmettre la poussée aux rives, à une époque où l’immense majorité des barrages étaient encore des massifs-poids. C’est l’un des tout premiers barrages-voûtes de ce type au monde, et il tient toujours.
Le calcaire des Bouches-du-Rhône garde d’autres traces de ce genre, comme la grotte Rolland à Marseilleveyre.
Cent ans plus tard, la même idée en béton
Bimont applique le même raisonnement structurel avec les moyens du XXe siècle : béton, double courbure, calcul mécanique. Voir les deux ouvrages dans la même journée, c’est lire un siècle de génie civil sur cinq cents mètres de vallée.
Le lac vidé : le chantier de 2017-2019
Pourquoi vider une retenue
Un ouvrage de sept décennies se conforte : reprise du parement, traitement des fondations, mise à niveau des organes de sécurité et des dispositifs de mesure. Certaines de ces opérations exigent de travailler à sec. La retenue a donc été abaissée puis vidée pendant la durée des travaux, entre 2017 et 2019.
Ce que le fond a montré
L’épisode a beaucoup circulé en photographie : la vallée réapparue, le lit de l’Infernet à nu, les souches et les murets d’avant 1952 revenus au jour. Ces images disent mieux qu’un plan de coupe ce qu’un barrage efface du paysage.
Sur la Loire, le village de Montjean-sur-Loire raconte l’inverse : un site industriel dont il ne reste presque plus rien de visible.
C’est le même vertige que devant les lieux engloutis ou délaissés : un paysage habité qui disparaît sans disparaître tout à fait.
Depuis, une circulation modifiée
Le chantier a aussi réorganisé les accès. Le couronnement se parcourt aujourd’hui à pied, pas en voiture, et le stationnement se fait en amont du site. C’est un point à connaître avant de partir, car plusieurs pages en ligne décrivent encore l’état antérieur.
Y aller, et à quelles conditions
L’accès
Depuis Aix-en-Provence, on rejoint le site par la D10 en direction de Vauvenargues, puis par la route qui monte vers le barrage. Le trajet est court, la fin de parcours étroite. La commune de rattachement est Saint-Marc-Jaumegarde, dans les Bouches-du-Rhône.
La règle qui décide vraiment de votre journée
De juin à septembre, l’accès au massif de la Sainte-Victoire dépend d’un arrêté préfectoral fondé sur le risque incendie, réévalué chaque jour selon le vent et la sécheresse. Selon le niveau, la circulation est libre, limitée à la matinée, ou totalement interdite. Consulter l’indice la veille au soir n’est pas une précaution facultative : c’est ce qui détermine si vous pourrez monter.
| Repère | Barrage Zola | Barrage de Bimont |
|---|---|---|
| Époque | Milieu du XIXe siècle | 1946-1952 |
| Matériau | Maçonnerie | Béton |
| Principe | Voûte, poussée reportée sur les rives | Voûte à double courbure |
| Ressource | Bassin local de l’Infernet | Eau du Verdon amenée par le réseau |
| Position | En aval, dans les gorges | En amont, verrou principal |
Le bon moment
Printemps et automne offrent la meilleure combinaison : lumière franche, accès rarement restreint, chaleur supportable pour enchaîner avec une marche. En hiver, le mistral rend le couronnement mémorable, à condition de s’habiller pour cela.
Questions fréquentes
Où se trouve le barrage de Bimont ?
Sur la commune de Saint-Marc-Jaumegarde, dans les Bouches-du-Rhône, au pied du versant nord-ouest de la montagne Sainte-Victoire, à quelques kilomètres à l’est d’Aix-en-Provence. On y accède par la D10 en direction de Vauvenargues.
Peut-on se baigner dans le lac de Bimont ?
Non. La retenue est une réserve d’eau destinée à l’alimentation en eau potable : baignade et navigation y sont interdites. Le niveau varie par ailleurs rapidement et les berges sont instables.
Quelle est la hauteur du barrage ?
De l’ordre de 87 mètres au-dessus des fondations, pour une retenue d’environ 14 millions de mètres cubes. Les sources publiques varient de quelques mètres selon la référence utilisée : c’est l’ordre de grandeur qui compte.
Pourquoi le barrage porte-t-il le nom de Zola ?
C’est l’ouvrage voisin, en aval, qui porte ce nom : il a été conçu par François Zola, ingénieur et père de l’écrivain Émile Zola, dans le cadre d’un projet de canal destiné à alimenter Aix-en-Provence. Bimont, lui, est un ouvrage du XXe siècle sans lien avec la famille.
Le site est-il accessible toute l’année ?
Non. De juin à septembre, l’accès au massif dépend d’un arrêté préfectoral lié au risque incendie, réévalué quotidiennement. Selon le niveau du jour, l’accès peut être libre, restreint à la matinée ou interdit. Le couronnement, lui, se franchit à pied et non en voiture depuis le chantier de 2017-2019.
Combien de temps prévoir sur place ?
Une heure suffit pour l’ouvrage et ses points de vue. Comptez une demi-journée en descendant voir le barrage Zola dans les gorges, une journée complète en enchaînant avec la montée vers la Croix de Provence.
Bimont ne se visite pas comme un monument : il se lit. Repérez d’abord l’indice incendie du jour, prévoyez la descente vers le Zola dans la même sortie, et gardez dix minutes sur le couronnement pour regarder vers l’aval : c’est de là que l’ouvrage prend enfin sa vraie taille.
