Que cache l’intérieur de la pyramide de Chichén Itzá ?
- Chichén Itzá, au Yucatán (Mexique), est l’un des plus grands sites de la civilisation maya.
- Sa pyramide, El Castillo, est un calendrier de pierre : 365 marches, une par jour de l’année.
- À l’intérieur se cache une pyramide plus ancienne, et un trône en forme de jaguar rouge.
- L’accès intérieur est aujourd’hui fermé au public pour préserver le monument.
Il y a des monuments qu’on croit connaître par cœur avant même de les voir. El Castillo, la grande pyramide de Chichén Itzá, en fait partie : on l’a tous croisée en photo, silhouette parfaite à neuf degrés posée sur la plaine du Yucatán. Et pourtant, dès qu’on s’en approche, on comprend qu’elle cache bien plus que sa belle allure. Sous la pierre visible dort une autre pyramide ; sous celle-ci, peut-être une troisième ; et sous le tout, un gouffre noyé. Voici ce qui se trouve vraiment à l’intérieur.
Une pyramide qui est un calendrier
El Castillo n’a pas été bâtie au hasard. Ses quatre escaliers comptent 91 marches chacun ; ajoutez la plateforme du sommet, et vous obtenez 365 : le nombre exact de jours de l’année solaire. Les Mayas, astronomes hors pair, ont fait de leur temple un calendrier de pierre. Chaque face, chaque terrasse, chaque angle encode une donnée du temps qui passe.
Deux fois par an, aux équinoxes, le miracle se produit. En fin d’après-midi, le soleil rasant projette sur la balustrade de l’escalier nord une série de triangles d’ombre qui ondulent : le serpent à plumes Kukulcán semble descendre lentement le long de la pyramide pour rejoindre la tête de pierre sculptée à sa base. Des milliers de visiteurs se pressent encore pour ce spectacle réglé au millimètre par des bâtisseurs sans télescope ni ordinateur.
Bien plus qu’une pyramide : toute une cité
On réduit souvent Chichén Itzá à El Castillo, mais le site est immense. Autour de la pyramide s’étend une véritable capitale : le Temple des Guerriers et sa forêt de colonnes, l’observatoire circulaire du Caracol (dont les ouvertures visent des positions précises de Vénus), et surtout le Grand Jeu de balle, le plus vaste de toute l’Amérique précolombienne. Ses murs renvoient l’écho d’un bout à l’autre, à plus de cent mètres.
On y jouait un jeu rituel où la balle de caoutchouc ne devait toucher ni les mains ni les pieds. L’enjeu n’avait rien d’anodin : certains bas-reliefs montrent le sacrifice d’un joueur, sans qu’on sache toujours si c’était le vainqueur ou le vaincu que l’on offrait aux dieux.
Une pyramide dans la pyramide
C’est là que l’intérieur devient fascinant. Les Mayas avaient l’habitude de reconstruire par-dessus les anciens temples, comme pour envelopper le passé. Sous El Castillo, les archéologues ont trouvé une pyramide plus petite et plus ancienne, parfaitement conservée, telle une poupée russe de pierre. Pendant des décennies, un tunnel creusé par les fouilleurs permettait d’y accéder.
En 2016, des chercheurs utilisant des méthodes non invasives ont même détecté une troisième structure, encore plus profonde, et surtout un cénote — une cavité naturelle noyée — juste sous l’édifice. La pyramide n’aurait donc jamais cessé de grandir autour d’un cœur secret, peut-être choisi pour ce point d’eau souterrain sacré.
Le trône de jaguar rouge
Dans la pyramide intérieure, un étroit escalier mène à deux petites salles. On y a découvert un Chac Mool — cette statue-autel couchée, le ventre en réceptacle — et surtout un trône en forme de jaguar, peint en rouge vif et incrusté de disques de jade en guise de taches. Longtemps, les visiteurs les plus courageux pouvaient grimper l’escalier extérieur, puis se glisser dans le boyau humide et étouffant pour l’apercevoir. Ce n’est plus possible aujourd’hui.
Le cénote sacré et les sacrifices
À quelques centaines de mètres de la pyramide s’ouvre le Cenote Sagrado, un puits naturel de plus de cinquante mètres de large. Les Mayas y jetaient des offrandes pour implorer la pluie : bijoux d’or et de jade, poteries, mais aussi, les fouilles l’ont confirmé, des ossements humains. Ce cénote, relié dans les croyances au monde souterrain, rappelle que derrière la beauté du site rôdait une religion exigeante et sanglante.
Peut-on entrer dans El Castillo aujourd’hui ?
Non. Comme pour beaucoup de sites très fréquentés, l’accès à l’intérieur — et même la simple ascension des marches — est désormais interdit, à la fois pour protéger le monument de l’usure et pour la sécurité des visiteurs, après plusieurs accidents. On admire donc El Castillo depuis la pelouse, ce qui reste un choc visuel. Les amateurs de mystères souterrains se rabattront sur la grande pyramide de Khéops, elle aussi truffée de galeries secrètes, ou sur nos lieux hantés de France pour rester côté frissons.
Conseils pour la visite
Chichén Itzá se visite depuis Mérida, Valladolid ou la côte de la Riviera Maya. Un conseil de voyageur : arriver à l’ouverture, avant les cars de touristes et la chaleur écrasante de midi. Prévoyez chapeau, eau et bonnes chaussures, et gardez du temps pour le cénote et le jeu de balle, souvent négligés. En fin de journée, un spectacle son et lumière habille la pyramide ; kitsch pour certains, magique pour d’autres.
Questions fréquentes
Pourquoi 365 marches ? Elles reproduisent l’année solaire : la pyramide sert de calendrier rituel.
Que voit-on aux équinoxes ? L’ombre des angles dessine un serpent qui « descend » l’escalier : la manifestation du dieu Kukulcán.
Peut-on monter au sommet ? Non, l’escalade est interdite depuis 2008 pour préserver la pyramide.
