Alpes-Maritimes : l’énigme de pierre de la vallée des Merveilles (vidéo)

Vallée des Merveilles : cette célèbre gravure anthropomorphe, que les archéologues nomment le Sorcier, semble implorer le ciel et la pluie 

Dans les Alpes-Maritimes, en Provence, la vallée des Merveilles cache 40 000 gravures qui remontent à plus de cinq mille ans.

Des torrents, des lacs d’altitude, des éboulis tombés comme des météorites, des arbustes écimés par la foudre.

Et, partout, ces mêmes dalles rocheuses lisses et arrondies, polies par la masse des glaciers du Quaternaire, sur lesquelles on a recensé les gravures. Entre 3 200 et 1 700 avant notre ère, soit de l’âge du cuivre à celui du bronze ancien, l’homme y dessina dans la roche des motifs à la signification obscure, bovins, armes, formes dotées d’yeux ou de mains, tracés géométriques…

Une proto-écriture qui ne fut jamais déchiffrée. Ces symboles célébraient peut-être un culte aux dieux de l’Orage, de la Pluie, de la Terre et du Ciel. A moins que cette mémoire gravée ne raconte la position des étoiles ou des luttes de pouvoir. A vrai dire, on ne sait pas grand-chose de ce curieux codex de pierre.

 «Les hommes du mont Bégo sélectionnaient leur support, analyse l’archéologue Nicoletta Bianchi. Il existe de nombreux types de roche dans le massif (gneiss, granites, etc.), mais le choix se faisait pour des schistes de couleur verte ou orange, ce qui démontre une démarche créative.» Auteur d’une thèse sur le mont Bégo, la jeune femme connaît les lieux comme sa poche.

Pour elle, ces motifs forment un livre, un palimpseste complété durant des siècles.

 «Le mont, recouvert de neige une bonne partie de l’année, ne fut jamais un lieu d’habitat permanent, précise la scientifique. Mais les hommes de l’époque pratiquaient déjà la transhumance : l’endroit devait être prisé à la belle saison pour ses pâturages et l’abondance d’eau.» 

Vêtus de peaux de bêtes cousues, des bergers gravissaient donc cette montagne depuis la plaine avec leurs animaux. Une fois en haut, certains gravaient la roche d’idéogrammes, ce qui occupait leurs pensées.

 «Mais la plupart correspondent à des ornements propitiatoires : il s’agissait de demander des récoltes abondantes ou un troupeau en bonne santé…» poursuit la spécialiste.

D’où la domination des motifs «corniformes».

Certains suggèrent des bœufs tirant un attelage ou une charrue. D’autres pourraient symboliser le dieu Taureau, maître de l’orage, annonciateur de pluies fertilisantes, fécondant la déesse Terre pour former le couple divin originel, source sacrée de toute récolte

. Touche-t-on là aux balbutiements des croyances, à la matière première des superstitions humaines, aux mythes cosmogoniques de l’aube des temps ? Ces inscriptions-là sont-elles les hiéroglyphes des Alpes, encore à décoder ?

Après tout, la pyramide égyptienne de Khéops, les tablettes de la civilisation mycénienne en Grèce ou encore l’écriture des Sumériens témoignent la même soif d’expression, à des périodes assez proches. Dans la vallée des Merveilles, les techniques d’exécution étaient variées. Ici, des traits continus à la pointe fine. Là, des percussions, un piquetage réalisé dans des mouvements de pression-rotation réguliers, les petits trous l’un à côté de l’autre formant le dessin.

Chemin faisant, d’autres représentations émergent. Poignards, hallebardes, haches… Ou encore spirales, éclairs et quadrillages. Et même des figures anthropomorphes, plus rares mais qui racontent peut-être un basculement dans les préoccupations.

 «Des questions de chefferie, de pouvoir et de prestige», suppose Nicoletta Bianchi.

L’une des figures les plus troublantes est celle dite du Christ. Ce nom fut bien sûr donné bien après par les bergers du coin mais, avec un peu d’imagination, on voit en effet le visage d’un homme barbu, une couronne d’épines lui barrant le front…

Quelques pas encore, voici, tourné vers le mont Bégo, le Sorcier. Bras levés vers le ciel, le personnage brandit deux poignards triangulaires, et semble appeler la pluie de ses voeux. Instinctivement, on lève la tête.

Dans le ciel, des nuées sombres tourbillonnent. L’orage menace, il est temps de rejoindre le refuge. L’eau tombera du ciel avant la nuit.

(Source : GEO)

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