La carte du Vinland serait bien une contrefaçon moderne selon une nouvelle étude (vidéo)

La particularité de la carte du Vinland réside dans les territoires représentés. Y figure une portion de terre située outre-atlantique et appelée Vinlanda Insula.  © Yale University Press

Des scientifiques de l’université de Yale ont réalisé l’analyse la plus poussée jamais menée sur la carte du Vinland, une mappemonde censée remonter au XVe siècle. Leurs résultats confirment qu’il s’agirait en réalité d’une contrefaçon fabriquée dans les années 1920.

Plus de cinquante après, la carte du Vinland révèle peu à peu ses secrets, et confirme ce que les spécialistes soupçonnent depuis longtemps : le document n’est pas ce qu’il semble être. A l’université de Yale, une équipe a mené une nouvelle analyse de cette mappemonde ancienne. Verdict : il n’y a désormais plus de doute, il s’agirait bien d’une contrefaçon.

L’histoire de la carte du Vinland remonte à 1965. Cette année-là, l’université de Yale a annoncé en grandes pompes avoir acquis une précieuse mappemonde tracée sur un parchemin. La particularité du document réside dans les territoires représentés. On y observe l’Europe, l’Asie, le nord de l’Afrique mais aussi le Groenland et une portion de terre située outre-atlantique.

Ce territoire appelé Vinlanda Insula et ses contours semblent rappeler ceux de l’Amérique du Nord. Des contrées qui étaient normalement présumées inconnues au XVe siècle, période à laquelle la carte remonterait. Celle-ci confirmerait ainsi que les explorateurs scandinaves ont atteint le Nouveau Monde – le fameux Vinland – bien avant le voyage de Christophe Colomb.

La théorie est aujourd’hui avérée. Des découvertes archéologiques, notamment celle du site de L’Anse aux Meadows sur l’île canadienne de Terre-Neuve dans les années 1960, ont montré que les Scandinaves avaient gagné l’Amérique du Nord et y avaient installé des villages dès le XIe siècle, soit quatre siècles avant l’explorateur espagnol.

Mais la carte du Vinland ne fait pas qu’appuyer ces découvertes. Elle suggère aussi que ses auteurs avaient, dès les premières décennies du XVe siècle, connaissance des voyages vikings et de l’existence de ce territoire outre-atlantique. A condition que le document date bel et bien de cette époque.

Une authenticité remise en question

Avant même d’être présenté, des doutes existaient déjà sur l’authenticité de la mappemonde. L’acheteur l’ayant légué à Yale refusant de révéler sa provenance, de multiples analyses ont été menées et elles ont abouti à des résultats parfois critiqués ou contradictoires. Dans les années 1970, le chercheur américain Walter McCrone s’est intéressé à l’encre du document.

Son étude a révélé la présence d’anatase, un dérive du dioxyde de titane qui n’a pas été utilisé industriellement dans l’encre avant les années 1920. Cette découverte a été confirmée trois décennies plus tard, en 2002, par une autre équipe américaine qui a écarté la possibilité que le composé provienne d’une contamination.

En 1995, des scientifiques ont planché eux sur l’origine du parchemin. Leurs analyses ont abouti à la conclusion qu’il datait d’environ 1434, plus ou moins une dizaine d’années. Cette datation ne concernait cependant que le support et non les inscriptions, laissant les doutes persister quant à l’époque de leur création.

La dernière étude, la plus complète menée jusqu’ici, clot désormais le débat. Elle fournit la preuve la plus évidente que la carte est une contrefaçon.

« Il n’y a aucun doute raisonnable ici. Cette nouvelle analyse devrait mettre un terme à la question« , a expliqué Raymond Clemens, curateur de la Beinecke Rare Book & Manuscript Library de Yale où la mappemonde est conservée.

Une encre à l’origine bien moderne

Contrairement aux recherches précédentes, l’équipe de Yale a pu bénéficier d’un accès sans restriction au document, ce qui a permis d’utiliser des techniques avancées pour l’explorer. Les résultats ont confirmé la présence d’anatase dans le parchemin. A l’inverse, ils ont montré qu’il ne contenait ni fer, ni soufre, ni cuivre qui étaient pourtant répandus dans les encres médiévales.

En comparant avec l’encre de 50 fragments de manuscrits du XVe siècle, les chercheurs ont constaté que celle-ci contenait bien moins de titane que celle de la carte du Vinland et bien plus de fer. Autant de conclusions qui ont confirmé la thèse d’une origine moderne de l’encre et donc d’une contrefaçon. Une contrefaçon délibérée.

L’étude a en effet mis en évidence plusieurs éléments suggérant que les créateurs de la mappemonde l’ont délibérément conçue pour la faire passer bien plus ancienne qu’elle ne l’est. La carte est apparue associée à deux autres textes médiévaux connus sous le nom de Speculum Historiale et Hystoria Tartorum.

Le premier est une encyclopédie en quatre volumes écrite au XIIIe siècle par Vincent de Beauvais et dont Yale possède une copie du troisième volume datant du XVe siècle. Le second est un manuscrit relatant le voyage de deux religieux polonais sur les terres de Gengis Khan au XIIIe siècle.

Or, les scientifiques ont découvert au verso la présence d’une inscription en latin recouverte d’une encre plus moderne. Ils pensent que la première note était une instruction destinée à guider l’assemblage du volume authentique du Speculum Historiale tandis que la seconde serait une imitation d’instruction pour accrocher la carte au reste du manuscrit du XVe siècle.

« L’inscription altérée semble bien être une tentative pour faire croire que la carte a été créée en même temps que le Speculum Historiale », a souligné Raymond Clemens dans un communiqué.

Autrement dit, le faussaire aurait utilisé des pages vierges du manuscrit du XVe siècle pour créer la carte du Vinland en s’inspirant d’autres cartes plus ou moins anciennes.

« Une preuve forte qu’il s’agit d’un faux »

« C’est une preuve forte qu’il s’agit d’un faux, pas d’une création innocente d’une tierce personne qui a été récupérée par quelqu’un d’autre« , a-t-il continué.

L’identité du faussaire demeure inconnue. L’équipe de scientifiques, comme Raymond Clemens, prévoient toutefois de publier de nouveaux articles pour mettre en lumière ces résultats et la vraie nature de la mappemonde.

« Nous ne voulons pas que [la carte du Vinland] continue d’être une controverse. Il y a tellement de choses drôles et fascinantes que nous devons examiner et qui peuvent réellement nous dire quelque chose sur l’exploration et le voyage dans le monde médiéval« , a indiqué le spécialiste des manuscrits et livres anciens.

Malgré ce verdict, le document demeurera dans les collections de Beinecke Rare Book & Manuscript Library avec les deux autres manuscrits.

« La carte est devenue un objet historique en lui-même. C’est un excellent exemple d’une contrefaçon ayant eu un impact international« , a-t-il conclu.

(Source : GEO)

Les analyses ont révélé la présence d’un dérivé de dioxyde de titane dans tous les textes et lignes de la carte.  © Yale University

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