Impostures archéologiques qui ont marqué l’Histoire (vidéo)

L’archéologie n’échappe pas aux impostures, bien au contraire. Au cours de l’Histoire, certains n’ont pas hésité à façonner des découvertes de toutes pièces pour faire croire à d’importantes trouvailles ou tout simplement pour les vendre à des prix élevés. Exemple avec six épisodes qui ont marqué les esprits.

Fin août, le propriétaire d’une galerie d’antiquités de New York a été interpellé suite à une enquête menée par les autorités américaines. Selon le New York Times, il est accusé d’avoir, depuis des décennies, vendu des centaines d’objets qu’il faisait passer pour des artéfacts antiques et qui n’étaient en réalité que des contrefaçons façonnées dans son arrière-boutique.

Si les chefs d’accusation restent à confirmer, ce cas est loin d’être isolé dans le domaine de l’archéologie qui n’échappe pas aux impostures. L’Histoire regorge même d’exemples qui, pour certains, ont marqué les esprits et bien failli induire en erreur les spécialistes. Avant que les supercheries ne soient découvertes. Voici six de ces impostures archéologiques.

L’homme de Piltdown

L’homme de Piltdown fait partie des fraudes paléoanthropologiques les plus célèbres. Au coeur de l’affaire : des soi-disant ossements humains exhumés en 1908 dans le village de Piltdown en Angleterre.

La « découverte » est annoncée en 1912. Les fossiles sont alors présentés comme la preuve de l’existence d’une espèce humaine inconnue remontant au Paléolithique inférieur, il y a quelque un million d’années. Nommée Eoanthropus dawsoni, l’espèce est dotée d’un crâne semblable à Homo sapiens mais d’une mâchoire plus similaire à celle d’un singe, qui ferait d’elle un chainon manquant de l’évolution humaine.

Pour certains spécialistes, c’est un bouleversement mais tous ne sont pas convaincus. Il faudra finalement plus de vingt ans avant que le canular ne soit définitivement confirmé : les fossiles ne sont en réalité que le mélange d’un crâne humain moderne et d’une mandibule d’orang-outan vieux de quelques siècles. Encore aujourd’hui, on ignore l’identité de l’auteur de l’imposture.

Des soupçons se portent sur Charles Dawson, l’avocat et archéologue amateur qui aurait signalé la « découverte ».

La tiare de Saïtapharnès

Même les plus grands musées au monde n’échappent pas aux canulars. La preuve avec l’histoire de la tiare de Saïtapharnès.

En 1896, le musée du Louvre annonce avoir acheté pour 200.000 francs plusieurs objets en or auprès de marchands russes dont une remarquable tiare haute de 18 cm et ornée de multiples décorations et de scènes mythologiques. Il explique alors que l’objet aurait été découvert en Crimée et aurait été offert au roi scythe Saïtapharnès par une ancienne colonie grecque au II ou IIIe siècle avant notre ère.

A peine exposée, la tiare suscite déjà des doutes quant à son authenticité. En cause notamment : son état trop parfait et le mélange de styles qu’elle arbore. L’affaire est démêlée quelques années plus tard, au grand dam du Louvre.

La tiare a en réalité été confectionnée peu avant par un orfèvre ukrainien, Israël Rouchomovsky, qui a honoré une commande passée par le marchand Chapsel Hochmann soi-disant pour un ami archéologue. Ce n’est qu’en ayant vent de l’affaire que l’artisan a compris ce que sa création était devenue.

La tiare figure encore dans les collections du musée parisien mais n’est plus exposée. En 1997, elle a toutefois fait partie d’une exposition consacrée au travail d’Israël Rouchomovsky et tenue à Jérusalem.

L’archaeoraptor

Les créatures préhistoriques ont elle aussi droit à leurs contrefaçons. Retour en 1999 avec l’archaeoraptor apparu dans le magazine National Geographic.

Ce nom fait référence à un fossile qui aurait été découvert deux ans plus tôt dans la province de Liaoning en Chine. L’animal présente les bras ailés d’un oiseau primitif et la queue d’un dinosaure. Il est alors présenté comme le « chainon manquant » entre les oiseaux et les dinosaures théropodes.

Sauf que l’ensemble, en plus d’avoir illégalement été envoyé aux Etats-Unis et acheté par un musée, n’a rien d’authentique et la vérité ne tarde pas à émerger. L’étude portant sur l’archaeoraptor est rejetée par les deux prestigieuses revues Science et Nature.

Sans que le National Geographic n’en ait connaissance lors de la parution de son article. Quelques mois plus tard, le canular est officiellement mis au jour : le fossile est formé d’ossements d’au moins deux créatures différentes collées ensemble. Le fermier chinois à l’origine du composite l’aurait créé afin de le vendre plus cher au marchand qui l’a ensuite cédé au musée américain.

L’archaeoraptor a été renvoyé en Chine en 2000 et est depuis exposé au Musée paléozoologique de Pékin.

Les faux guerriers étrusques

Le musée du Louvre n’est pas le seul à s’être fait berner par une contrefaçon. C’est aussi le cas du Metropolitan Museum of Art de New York.

Tout commence en 1915 lorsque le musée achète une statue en terre cuite d’un guerrier étrusque haute de deux mètres. L’acheteur affirme alors que la sculpture a été trouvée dans un champ italien.

Un an plus tard, cette acquisition est suivie d’une seconde : celle d’une massive tête de guerrier qui aurait fait partie d’une statue de sept mètres de haut. La dernière oeuvre arrive cinq ans après en 1921.

Il s’agit d’un autre guerrier, complet cette fois-ci, mais de plus de deux mètres de haut, que les spécialistes du musée s’appliquent à reconstituer minutieusement. Les trois sculptures sont alors présentées comme des pièces précieuses livrant une nouvelle vision sur l’art étrusque.

Mais une fois exposés, les guerriers commencent à susciter de nombreux soupçons en raison de certaines de leurs caractéristiques. Leur secret est finalement mis au jour en 1961. Les pièces ont été façonnées par des faussaires d’art italiens, les frères Riccardi, certains de leurs fils et le sculpteur Alfredo Fioravanti.

C’est ce dernier qui a révélé la supercherie en présentant le pouce manquant du premier guerrier qu’il avait gardé en souvenir.

La pierre runique de Kensington

Il n’est pas toujours facile de confirmer totalement une imposture et il arrive parfois que certains continuent de croire à l’authenticité d’une pièce bien que la plupart la réfute. Exemple avec la pierre runique de Kensington.

Cette imposante pierre plate et rectangulaire est découverte en 1898 par un fermier suédois près de la ville éponyme située dans le Minnesota. En la dégageant des racines de l’arbre dans lesquelles elle est enchevêtrée, ses découvreurs constatent qu’elle n’est pas vierge.

Sa surface est couverte de symboles semblables à des runes vikings. Décryptée, l’inscription suggère qu’elle a été écrite par des Scandinaves qui auraient gagné le Minnesota au XIVe siècle. Une exploration jusqu’ici inconnue. Sauf que les symboles divisent les linguistes.

Certains soulignent que les runes et le dialecte ne correspondent pas à ceux utilisés à cette époque. Au contraire, le langage semble plutôt ressembler à celui utilisé par une partie des Suédois au XIXe siècle. Etude de la pierre, des techniques de gravure, des runes et même de l’arbre où elle a été trouvée, la pièce a fait l’objet de nombreux examens. Aucun n’a permis d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’une contrefaçon, empêchant de clore le débat.

La majorité des spécialistes réfutent aujourd’hui son authenticité mais on ignore qui l’a créée et pour quelle raison.

Les faux manuscrits de la mer Morte

Leur découverte est considérée comme l’une des plus importantes du XXe siècle en archéologie.

Et ils ont droit eux aussi à leurs faussaires. Les manuscrits de la mer Morte sont un ensemble de textes écrits principalement en hébreu et datés du IIIe au Ier siècle avant notre ère. Ils ont été mis au jour entre les années 1940 et 1950 dans des grottes à proximité du site de Qumrân.

Actuellement, quelque 970 manuscrits sont recensés sous la forme de plusieurs dizaines de milliers de fragments dont la plupart figure au musée d’Israël à Jérusalem.

Mais ce dernier n’est pas le seul à en posséder. Au début des années 2000, des dizaines de nouveaux morceaux ont fait surface sur le marché et certains ont été achetés plusieurs millions de dollars par des institutions telles que le Musée de la Bible de Washington D.C. Bien mal leur en a pris.

En 2020, le musée américain a fait mener une vaste étude sur sa collection. Verdict : les seize fragments qu’il possède sont des faux. Des documents savamment façonnés pour paraitre ancien et ressembler aux véritables rouleaux.

Cette conclusion n’a pas fait que confirmer les soupçons sur leur authenticité, elle laisse aussi penser que bien d’autres morceaux actuellement en circulation ou dans les collections pourraient être des impostures similaires.

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