Dialogue avec les abeilles (vidéo)

Et si les abeilles étaient les messagères de la Terre et du vivant ? Après de nombreuses années à leurs côtés, Jacqueline Freeman a fini par les entendre réellement et par retranscrire leurs paroles d’amour et de sagesse.

Comment la communication que vous entretenez avec les abeilles a-t-elle commencé ?

La première connexion avec elles dont je me souvienne remonte aux années 1980. J’étais en séminaire et à chaque pause, je voyais des dizaines d’abeilles se noyer dans une piscine. Chaque jour, j’y retournais pour les sauver une à une. Je ne sais pas pourquoi elles me touchaient autant.

Vingt ans plus tard, quand j’ai eu mes deux premières ruches, je ne connaissais rien à l’apiculture. Les seules informations que je pouvais trouver étaient très conventionnelles : « Mettez ces poisons sur vos abeilles, empêchez-les d’essaimer, prélevez le miel, donnez du sucre », etc. J’ai une ferme bio et c’était impensable que tout soit bio sauf les abeilles !

J’ai donc dû apprendre par moi-même. J’ai approché mes ruches comme un lieu sacré avec beaucoup d’humilité et de respect. Je m’asseyais auprès d’elles, je les observais des heures durant et je répétais : « Je veux vous aider mais tout ce qu’on me conseille ne me semble pas juste. Que dois-je faire ? » Et j’ai tenu cette prière pendant six ans. Je n’ai jamais vraiment attendu de réponse mais ce qui est certain, c’est que c’était une question honnête.

Un beau matin, lors de ma méditation habituelle, une petite voix s’est mise à me parler. Étonnée, et sans savoir d’où cela venait, j’ai écouté ces phrases entières, très précises, me raconter des histoires au sujet de la nature des abeilles que je n’avais jamais entendues auparavant. J’ai attrapé mon journal et ai commencé à écrire. C’était très étrange et fascinant à la fois ! Les abeilles parlaient et je devenais leur scribe. Plus j’ai écouté et plus elles m’ont transmis de connaissances.

Bio express

Installée dans sa ferme biodynamique au nord-ouest des États-Unis, apicultrice hors pair, Jacqueline Freeman voue un profond respect aux butineuses dont elle a commencé à recevoir les « messages » en 2010. Dans une approche chamanique reliant les plans physique et subtil, elle révèle la sagesse et le rôle spirituel de ce peuple si malmené par nos pratiques actuelles.

Vous racontez dans votre livre que les messages ne semblent pas venir d’une abeille, mais plus de la présence consciente qui les englobe toutes.

Effectivement, j’ai l’impression d’entendre une voix composée de mille voix. Les abeilles incarnent une conscience unitaire. Elles m’ont expliqué ne pas avoir une âme individuelle, comme nous, mais une âme collective intacte, intégrale et non fragmentée. Certains scientifiques décrivent d’ailleurs la ruche comme un super-organisme dont les 30 000 à 50 000 individus coopèrent et fonctionnent en une entité unique et complète. Les abeilles m’ont appris qu’elles ressentent également des émotions qui ne sont pas non plus purement individuelles.

À ce niveau-là aussi, elles forment une unité. Parfois, elles me font partager ces émotions en me transmettant directement des ressentis. Je peux alors percevoir le monde avec leurs sens. Elles utilisent aussi des images mentales. Par exemple, quand une éclaireuse détecte une nouvelle maison pour le groupe, elle y projette la vision de la colonie à son apogée, en pleine santé, et transmet simultanément l’image à ses consœurs. Ensemble, elles décident si le lieu est approprié ou non. Par ce même procédé, elles m’ont montré la matrice de l’univers, comme un réseau infini de liens et d’échanges de vibrations et d’informations, et m’ont permis de voir le rôle crucial qu’elles jouent dans cette grande toile de la vie.

Vous écrivez que ce rôle va bien au-delà de la pollinisation. Qu’en estil précisément ?

Elles sont les messagères et les gardiennes de la mémoire qui véhicule sur terre et dans les airs les informations nécessaires à l’équilibre et à l’évolution des écosystèmes. Ce faisant, elles tissent les liens entre les différents règnes et travaillent avec tout le spectre de la création – que ce soient les minéraux, les fleurs, les arbres, l’eau ou la lumière – afin de renforcer l’harmonie sur la Terre.

Elles perçoivent et enregistrent la signature minérale de chaque fleur qu’elles butinent et, en transférant le pollen, elles diffusent ces renseignements parmi les plantes. Quand les minéraux sont épuisés sur un territoire, à cause des monocultures par exemple, certaines plantes s’en vont et les abeilles aussi. « Nous voyageons tous ensemble », m’ont-elles dit un jour… Ces voyages et tous les bagages informationnels qu’ils contiennent sont racontés dans leur miel qu’elles décrivent comme un livre.

Celui-ci raconte ainsi l’histoire des végétaux, les changements saisonniers et géologiques mais aussi les directions possibles pour l’avenir. De la même manière, le pollen qui est donné aux larves les informe sur le terroir, les saisons, la situation, les senteurs portées par les vents et même les dangers alentour. Mais le rôle des abeilles est aussi spirituel. Nimbées de lumière, elles insufflent de la vie et de l’esprit à tout ce qu’elles touchent. D’après leurs descriptions, leurs lignes de vol sont comme des fils télégraphiques le long desquels la conscience unitaire circule. Ces sentiers invisibles tracés dans les airs vivifieraient l’éther, formant des toiles de protection autour de la Terre et permettraient aux êtres spirituels qui vivent dans et autour des fleurs de communiquer entre eux.

Les abeilles sont vraiment des êtres d’amour, chacune étant déterminée à servir le bien de l’ensemble, dont nous faisons partie.

Pour accomplir leur rôle de messagères et de « tisseuses de liens » dans les mondes physique et subtil, il semble que les abeilles soient dotées de perceptions extrasensorielles particulières…

Oui, il semblerait que des forces cosmiques subtiles guident l’ensemble de leurs activités à travers la vibration des sons, de la lumière et des senteurs. Au fil du temps, j’ai fini par comprendre qu’elles discernent bien plus de choses que nous. Leur canal de perception est extraordinairement fin ; il permet à chacune d’accomplir sa tâche tout en étant en permanence consciente des autres et du grand tout. Il est important de comprendre qu’elles ne se nourrissent pas seulement de matière mais aussi de lumière.

Elles perçoivent celle qui émane de tout être vivant, et notamment l’aura des plantes qui leur indique si celles-ci sont en bonne santé et prêtes à être fécondées ou non. Elles interagissent également avec la lumière de la terre qui jaillit par des brèches qu’elles appellent « lumens ». C’est dans ces endroits sacrés où l’attraction gravitationnelle est moins forte et où la lumière de la terre et celle du soleil se rencontrent que les accouplements ont lieu. Les mâles perçoivent la brillance qui en émane et attendent là, en tournoyant dans les airs, que la reine se présente.

Quand celle-ci sort de sa ruche, émergeant pour la première fois de l’ombre, elle détecte immédiatement la brèche lumineuse où elle ira libérer ses phéromones. Elle s’accouple alors avec dix à vingt mâles de plusieurs lignées différentes, ce qui lui offre un panel de caractères favorisant l’adaptation. De cet unique vol nuptial, elle recevra suffisamment de fécondité pour pondre deux mille œufs par jour (sauf l’hiver) pendant cinq à sept ans.

Les abeilles disent que ces sites d’accouplement agissent comme des fontaines de régénération qui unissent les cieux et la terre. La vibration d’amour contenue dans l’harmonique particulier émis par la reine vierge à ce moment précis informerait le système solaire de l’expérience et de la connaissance de toute la colonie. Et les lumens qui sont aussi des points d’acupuncture terrestres seraient stimulés par la même occasion ! C’est une des plus belles choses que les abeilles m’ont enseignées !

Vous alertez l’opinion sur le fait qu’en apiculture conventionnelle, 90 % des reines sont élevées artificiellement par une poignée de grandes firmes. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pour bien comprendre, reprenons le processus naturel. Une colonie d’abeilles qui a passé l’hiver avec succès entame le printemps en pleine vitalité. Les « ouvrières » – que je préfère appeler des « demoiselles » – préparent alors des cellules spéciales pour donner naissance à une nouvelle reine. Une semaine avant que ces cellules éclosent, la colonie se sépare en deux. L’ancienne reine s’en va avec un grand nombre d’abeilles pour chercher un nouveau foyer.

Ce processus d’essaimage naturel est vraiment fondamental car il régénère la fécondité de la reine. C’est un vrai miracle, lors duquel la lumière du soleil réactive la mémoire du vol nuptial de la reine stimule ses sécrétions hormonales, son potentiel reproducteur et sa force vitale ! De nombreux apiculteurs, même bio, préfèrent empêcher leurs colonies d’essaimer. Pour eux, c’est un risque, une perte d’abeilles et de temps. Comme la fécondité de leur reine n’est pas stimulée, elle diminue et, à chaque printemps, ils choisissent donc de la tuer et de la remplacer par une nouvelle !

Pourtant, les abeilles insistent sur le fait que la reine est leur mère, que sa senteur unique est absolument nécessaire à leur cohésion. Ce parfum les informe de tout : de leur état de santé global, des changements saisonniers, du degré de fécondité de la reine, etc. La tuer est un sacrilège ! De plus, cela oblige les abeilles à s’adapter à une reine allogène qu’elles ne reconnaissent pas d’emblée comme une des leurs. Enfin, l’élevage industriel de reines s’appuie sur des accouplements à la chaîne avec des mâles d’une même lignée. Cela engendre une uniformité génétique qui réduit la vitalité, la productivité et l’adaptation des ruches à toutes situations.

Elles sont les messagères et les gardiennes de la mémoire qui véhicule sur terre et dans les airs les informations nécessaires à l’équilibre et à l’évolution des écosystèmes.

À l’aune des connaissances que les abeilles vous ont transmises, quelles sont les autres pratiques qui troublent leur subtil équilibre et mettent à mal leur mission ?

Qu’il s’agisse des pesticides, des modifications génétiques, des nuisances nucléaires, des rayons en plastique installés par les apiculteurs dans les ruches, ou bien tout simplement du sirop de sucre avec lequel on les nourrit, tout cela brouille les signaux qu’elles reçoivent et dérègle leurs liens avec le reste du monde. Nous avons vu que les abeilles ont des canaux de perception très fins. Il en est un fondamental qui est celui du son. Les abeilles n’ont pas d’oreilles ; leur langage n’est donc pas à proprement parler « sonore ».

C’est la vibration du son qui est un pilier de leur équilibre. Chaque ruche possède une signature sonore unique qui manifeste sa santé et sa force vitale. Elles ont aussi recours à plusieurs types de chants qui leur permettent d’échanger en permanence des centaines d’informations : le chant de deuil, le chant territorial, le chant de l’affirmation avant une bataille avec une autre colonie, le chant de la croissance qui raconte tout ce qu’il se passe dans la ruche et renforce l’unité. Le chant de la création, quant à lui, est entonné autour des bébés dans le couvain et encode, pour chaque larve, un plan de vie.

D’après leurs dires, il transmettrait aux futures générations des données précises sur la structure et la cartographie du pollen. Toute pollution émet des ondes étrangères à la connaissance ancestrale des abeilles. Ces vibrations perturbent la ruche, la « désaccordent », lui font perdre son harmonie et son centre. Finalement quand une colonie ne peut plus être au service de l’évolution, elle préfère se sacrifier plutôt que de perpétuer ses faiblesses dans la grande toile de la vie…

Vous évoquez également le scandale de l’élimination des mâles dans l’apiculture conventionnelle…

Oui, parce que la reine est déjà fécondée, de nombreux apiculteurs retirent les faux bourdons de la ruche et les tuent. Pour eux, ils ne sont d’aucune utilité, gaspillent le miel et risquent d’être vecteurs de maladies. Même le cahier des charges bio autorise ce massacre ! Pourtant, ce sont des êtres très sensibles, qui, d’ailleurs, n’ont pas de dard et ne sont pas faits pour la guerre mais pour l’amour ! Avec leurs grands yeux, ils ont un rôle primordial à jouer dans la transmission de la connaissance.

Ils sont d’ailleurs les seuls à être accueillis dans des ruches étrangères où ils sont même autorisés par les gardiennes à entrer dans la chambre à couvain. Là, tels des prêtres ou des chamanes, ils chantent aux bébés l’histoire et le savoir du peuple des abeilles.

Les abeilles vous ont-elles paru alarmées par l’état de la Terre et de leur communauté ?

Elles sont concernées, elles comprennent et elles essaient de nous aider. Ce sont vraiment des êtres d’amour, chacune étant déterminée à servir le bien de l’ensemble, dont nous faisons partie. En partageant avec nous leur vision du monde, elles nous interpellent pour nous faire avancer.

Que pouvons-nous faire, chacun à notre échelle, pour les aider et participer à leur « travail d’amour » ?

Tout d’abord, il semble que beaucoup de pratiques apicoles soient vraiment éloignées des besoins réels des abeilles. Nombreux sont les apiculteurs qui par ignorance, commettent de graves erreurs qui perturbent l’équilibre des butineuses. Nous devrions interférer beaucoup moins ; les abeilles sont si intelligentes ! Elles sont même capables de s’autoguérir en scellant leur ruche avec de la propolis jusqu’à l’expulsion d’une maladie.

Le parfum de cette substance si subtile, faite de résines et d’huiles essentielles, leur est nécessaire pour se maintenir en bonne santé. En prendre conscience devrait nous encourager à ouvrir nos ruches le moins possible. Aussi, nous pouvons leur rendre service en plantant des parterres de fleurs, sans produit chimique surtout ! Et en ouvrant nos cœurs à leur sagesse.

De nombreuses personnes vivent des expériences similaires à la mienne, communiquant avec des élémentaux, des chevaux, des dauphins, des arbres, etc. Tous ces êtres portent le même message : « Aucun d’entre nous ne se tient seul, nous sommes tous membres du grand tout. » C’est probablement la plus grande leçon que les humains aient à apprendre aujourd’hui.

Et à mettre en actes. Je me suis souvent posé la question : comment serait notre monde si nous nous sentions tous interconnectés, nous déplaçant dans la même direction, avec le désir de préserver l’harmonie de notre ensemble ? Cette conscience se présente à nous aujourd’hui et nous appelle à changer notre manière de percevoir, de sentir, d’écouter, de regarder le monde et à découvrir sa beauté, son sens, son unité. Ensemble, nous pouvons accomplir bien plus que nous l’imaginons !

Quels sont vos moments préférés auprès des abeilles ?

Chaque jour, je trouve de la joie en étant avec elles ! Je restreins mes actions à l’essentiel et souvent, je ne fais rien d’autre que de veiller à ce qu’elles aient le plein de nourriture, d’écouter leur chant et d’être présente. Pleinement présente. Un jour, elles m’ont dit : « L’unité que nous incarnons reflète l’unité plus vaste, ce royaume présent dans tous les êtres. » Je souhaite à chacun de nous de goûter à cela, en faisant le calme en soi et en étant présent, avec ses enfants, avec ses amis ou seul dans la forêt. En se sentant simplement relié au tout, embrassé par l’amour de l’univers…

Les abeilles parlent-elles ?

Yves Le Conte, directeur de recherche à l’Inra d’Avignon, confirme que les abeilles ne communiquent pas seulement par leurs phéromones mais aussi grâce aux vibrations. En isolant les reines dans une étuve, on peut entendre, dit-il, leur chant caractéristique, semblable à celui des baleines.

En outre, des études effectuées avec le Pr Martin Benzick leur ont permis d’identifier, grâce à des capteurs hypersensibles, six vibrations particulières émises dans les ruches, qui seraient comme des « messages » utilisés par les abeilles, et qui se répondraient les uns les autres. Reste à savoir ce qu’ils signifient…

(Source : INREES)

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