L’un des caméléons les plus rares au monde retrouvé dans des forêts du Malawi (vidéo)

Le caméléon pygmée de Chapman est l’un des caméléons les plus rares au monde. (Crédit image : Krystal Tolley)

Des scientifiques ont découvert une population de l’un des caméléons les plus rares au monde, le caméléon pygmée de Chapman (Rhampholeon chapmanorum). L’espèce n’avait plus été observée depuis sa première description en 1992.

Trente ans après, l’un des animaux les plus rares au monde est réapparu dans une forêt africaine. Au Malawi, des scientifiques ont réussi à retrouver la trace d’un minuscule reptile que certains redoutaient éteint, le caméléon pygmée de Chapman ou Rhampholeon chapmanorum. La découverte date de 2016 mais fait l’objet d’une étude publiée ce mois-ci dans la revue Oryx.

L’espèce est plutôt discrète et pour cause, elle mesure à peine cinq centimètres de long et évolue au sol en forêt où elle parvient aisément à se fondre dans le décor.

« Ils n’ont pas de queue préhensile comme la majorité des caméléons parce qu’ils ne sont pas particulièrement arboricoles« , a précisé Krystal Tolley, chercheuse au South African National Biodiversity Institute.

« Ils se fondent parfaitement dans les feuilles mortes […] Ils sont principalement bruns mais ils peuvent passer à de magnifiques bleus et verts avec plein de petits points« , a-t-elle poursuivi dans un communiqué.

L’espèce a été décrite pour la première fois en 1992 par l’herpétologue Colin Tilbury. Et déjà à l’époque, son avenir suscitait l’inquiétude.

Sur les traces du caméléon pygmée

De précédentes recherches avaient en effet mis en évidence des signes de déforestation importants dans cette région du Malawi. Pour protéger le petit reptile, une trentaine de spécimens ont été libérés en 1998 dans une parcelle forestière située à quelque 95 kilomètres de Mikundi, au sud du pays, à proximité de la frontière avec le Mozambique.

Quand Colin Tilbury est retourné sur site en 2001 et 2012, les caméléons y étaient toujours, selon la nouvelle étude. Deux ans plus tard, en 2014, les recherches menées par Krystal Tolley ont toutefois échoué à en identifier une quelconque trace, laissant craindre le pire quant à la situation de R. chapmanorum.

Ces observations ont poussé l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à classer l’espèce en danger critique d’extinction. En menant une étude satellite, les scientifiques ont révélé que la zone où le caméléon avait été initialement décrit avait été complètement rasée et que la région des Malawi Hills avait perdu 80% de ses forêts depuis les années 1980.

Dans l’espoir de retrouver le reptile, Krystal Tolley et ses collègues ont lancé une campagne de financement participatif qui leur a permis de récolter suffisamment de fonds pour explorer deux des parcelles forestières restantes et la zone où la trentaine de spécimens avait été relâchée en 1998. Des efforts qui ont fini par payer.

38 adultes et 11 juvéniles

Les caméléons sont apparus à trois endroits différents. « Le premier que nous avons trouvé se trouvait dans la zone de transition à l’extrémité de la forêt […] Quand nous l’avons vu, nous avons eu la chair de poule et avons commencé à sauter partout« , a raconté le spécialiste. « Nous ne savions pas si nous allions en trouver d’autres« .

D’après l’étude, ce sont finalement 17 adultes qui ont été repérés dans les deux parcelles forestières et 21 adultes et 11 juvéniles dans la zone près de Mikundi

. « Après avoir pénétré dans la forêt, il y en avait plein« , a-t-elle confirmé.

Et l’espèce pourrait aussi exister dans d’autres zones non explorées par l’équipe mais il n’y a pas que des bonnes nouvelles.

Des échantillons ont été prélevés sur les caméléons afin de mener des analyses. Elles ont montré que les séquences génétiques de chaque population différaient nettement. A tel point qu’elles seraient devenues incapables de se reproduire avec celles des zones voisines. Une évolution qui pourrait affecter la diversité génétique de l’espèce et accroitre les menaces qui pèsent sur elle.

Les caméléons font partie des reptiles les plus menacés au monde. Selon les auteurs, 34% des espèces sont classées en danger et 18% quasi-menacées. Cette vulnérabilité s’explique notamment par leur mode de vie : la plupart d’entre elles sont adaptées pour vivre dans un environnement forestier spécifique. Elles en sont donc très dépendantes.

Agir urgemment pour empêcher l’espèce de disparaitre

« La perte de la forêt requiert une attention immédiate avant que cette espèce n’atteigne le point de non retour. Une action de conservation urgente est nécessaire, y compris un arrêt de destruction de la forêt et un rétablissement de l’habitat pour promouvoir la connectivité » et stopper la fragmentation des populations, a alerté le Pr. Trolley dans le communiqué.

L’équipe suggère notamment d’inclure les forêts restantes dans la réserve forestière de Matandwe afin qu’elles puissent être proclamées « Key Biodiversity Area », en français « Zone clé de biodiversité », et faire l’objet de fortes mesures de protection. Elle appelle également à mener d’autres recherches pour évaluer et surveiller les populations de R. chapmanorum.

« Les autres caméléons peuvent être hystériques, sifflant et mordant, mais les caméléons pygmées sont gentils et juste magnifiques« , s’est émue la spécialiste. « Cela me rend triste de penser à ce qui leur arrive – ce que nous faisons à leur habitat. Ce sont juste des victimes sans défense« , a-t-elle conclu.

(Source : GEO)

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