Le mystère des perles de Venise découvertes en Alaska : « Elles étaient là avant Christophe Colomb ! » (vidéo)

Selon l’hypothèse surprenante de deux archéologues américains, des perles en verre retrouvées en Alaska auraient fait le voyage jusqu’en Amérique depuis l’Europe, et ce avant la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Une théorie qui ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique.

Elles ne sont pas plus grosses que des myrtilles mais créent de sacrés remous dans le milieu scientifique. Des petites perles bleues, découvertes en Alaska, font beaucoup parler d’elles depuis que les archéologues américains Michael Kunz et Robin Mills ont avancé l’idée qu’elles seraient arrivées en Amérique depuis l’Europe…

Avant la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Les deux archéologues, qui travaillent depuis des décennies sur des sites inuits, dans l’Alaska arctique, ont avancé en janvier dans le journal American Antiquity l’hypothèse que ces objets ont parcouru plus de 17 000 km de Venise, en Italie, pour arriver jusqu’à la chaîne des montagnes Brooks, en Alaska, et ce avant 1 492.

« Même dans ses rêves les plus fous, on ne s’attend pas à quelque chose comme ça ! »,

s’étonne encore Michael Kunz, archéologue à l’University of Alaska Museum of the North, qui a contribué à la découverte de ces perles avec Robin Mills, du Bureau of Land Management, à Fairbanks en Alaska.

« Cela montre que ces petites perles bleues, fabriquées à Venise, pouvaient voyager tout le long du continent asiatique, jusqu’au détroit de Béring et jusqu’en Alaska », poursuit Mike Kunz, qui travaille sur des sites en Alaska depuis plus de 50 ans. « Et c’est probablement l’un des meilleurs exemples que nous n’ayons jamais vu de la façon dont le commerce peut fonctionner, tout simplement. »

Une première fouille dans les années 1950

La première fois que des petites sphères bleues de verre sont découvertes en Alaska, c’est à Punyik Point, au début des années 1950, par l’archéologue William Irving et son équipe. « Ils ont trouvé entre 6 et 8 perles », précise Mike Kunz. Mais à l’époque, les techniques de datation au carbone 14, « encore à ses balbutiements » explique l’archéologue, ne permettent pas de déterminer l’âge des perles retrouvées.

Il faut attendre le début des années 2000, lorsque Mike Kunz, Robin Mills et d’autres archéologues sont envoyés sur ce site « pour y constater les dommages provoqués par l’érosion naturelle » que d’autres perles sont déterrées. Les archéologues passent le secteur au détecteur à métaux :

« Nous avons trouvé des cuillères, des couteaux et des fourchettes de l’équipe d’archéologie d’origine qu’ils avaient utilisés pour manger leurs dîners ! s’amuse Mike Kunz. Mais nous avons également trouvé des artefacts », explique l’archéologue.

Les chercheurs finissent par déterrer deux bracelets en cuivre, deux pendentifs en fer et trois petites perles, amassés les uns à côté des autres.

Des perles datées entre 1 443 et 1 488

Les archéologues sont cette fois-ci en mesure de dater précisément les perles, en utilisant la datation au carbone 14. Pour cela, ils vont se servir d’une petite ficelle végétale retrouvée avec les perles et les résultats vont surprendre l’équipe :

« Nous avons donc cette ficelle enroulée autour de ce bracelet que nous pouvions dater au radiocarbone. Lorsque nous avons daté la ficelle, la date est revenue entre 1 443 et 1 488. Avant que Colomb ne fasse son voyage initial ! Nous avons été époustouflés ! », poursuit Kunz.

Au cours des années suivantes, les archéologues continuent leurs recherches et trouvent d’autres perles, jusqu’à arriver à une dizaine. Après avoir analysé au carbone 14 du charbon de bois et des ossements de caribou retrouvés eux aussi à proximité de perles, les résultats tombent : les dates de ces différents éléments coïncident et ont été fabriqués pour la majorité avant 1 492.

« Nous avons trois sites dans lesquels nous avons retrouvé ces perles bleues, et les dates se chevauchent toutes à un certain moment dans les années 1 400. Vous savez, je pense que nous avons une chose assez solide », défend Michael Kunz.

De Venise à l’Alaska en caravane

Reste alors aux archéologues à identifier la provenance de ces perles. Selon leurs recherches, à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, seule une entité pouvait produire ce type de perles de verre : la République de Venise.

« La règle générale est que n’importe quelle perle qui est fabriquée au XVe siècle, devait venir de Venise. Et puisque nos résultats indiquent que ces perles datent du XVe siècle, nous nous sommes dit : « D’accord, ces perles doivent être vénitiennes ! », explique Mike Kunz.

C’est là que les deux archéologues établissent leur théorie : pour arriver de Venise jusqu’en Alaska avant 1492, ces perles ont dû emprunter la voie terrestre, en passant probablement par la route de la soie.

« Certaines de ces perles ont dû monter dans une caravane commerciale au départ de Venise. Ces caravanes voyageaient dans toutes sortes de territoires et croisaient les habitants qui y habitaient depuis des milliers d’années. Et les caravaniers étaient prêts à échanger ce qu’ils pouvaient. Si les habitants pouvaient échanger de la fourrure contre des petites perles mignonnes, ils le faisaient », assure Mike Kunz.

Selon l’archéologue et son collègue Robin Mills, ces perles ont donc dû voyager de l’Asie à l’Extrême-Orient russe avant d’arriver au détroit de Béring.

« Et des Inuits du détroit de Béring ont dû apporter ces perles jusqu’en Alaska », conclut l’archéologue.

Une datation qui pose question

Depuis la publication de leur article, les archéologues ont reçu l’avis de confrères qui mettent en doute leur théorie. Dans un article publié dans la revue « Society Bead Researchers », Elliot Blair, Assistant Professor Professor au département d’anthropologie de l’Université d’Alabama., la variété de perles retrouvée en Alaska – appelée IIa40 – n’a pu être fabriquée qu’à partir des années 1 560. L’une des deux principales techniques employées dans la réalisation de ce type de perle – la technique de l’« étirement », c’est-à-dire d’étirer le verre en un long tube avant d’en couper des segments – remonterait à 1 470.

« Mais la méthode qui permet d’arrondir la perle par la chaleur (la deuxième caractéristique de la perle IIa40, NDLR) est principalement une technique du XVIIe siècle, ou la fin du XVIe siècle », précise Elliot Blair.

Pour Mike Kunz, l’hypothèse est que les perles retrouvées en Alaska seraient en fait issues d’une période de « développement » de ces deux techniques. « Les verriers ne sont pas réveillés un beau jour en disant,

« tiens, je sais comment fabriquer des perles en verre ! Il y a dû y avoir un temps de développement », argue l’archéologue. fcoloQuel que soit l’âge exact de ces perles – avant 1 492 ou bien au cours du XVIIe siècle.

« cette histoire est fascinante », estime Elliot Blair. « Car c’est quand même 100 ans avant les premiers contacts documentés avec l’Alaska ».

Car il faut attendre 1 741 pour que le danois Vitus Béring « découvre » l’Alaska.

(Source : Le Parisien)

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