Des scientifiques fabriquent de la vodka à partir de fruits cultivés autour de Tchernobyl (vidéo)

Les 1500 bouteilles d' »ATOMIK Apple spirit » ont été saisies par les autorités ukrainiennes.  © Chernobyl Spirit Company

Des scientifiques ont fabriqué 1.500 bouteilles d’une vodka conçue à partir de fruits cultivés à proximité de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Mais la cargaison, à destination du Royaume-Uni, a été saisie par les autorités ukrainiennes.

C’était il y a trente-cinq ans. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, l’un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, entrainant la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle. En quelques jours, plus d’une centaine de milliers d’habitants durent quitter leur domicile pour ne jamais en revenir.

Plus de trois décennies plus tard, le souvenir de la tragédie reste vif. Si la nature a commencé à reprendre ses droits, la centrale demeure sous étroite surveillance et les environs de Tchernobyl sont toujours soumis à des zones d’exclusion et de restriction en raison des niveaux de radioactivité qui règnent à certains endroits.

C’est pourtant bien de là que provient ATOMIK. Sous ce nom, se cache un alcool de grain – une sorte de vodka artisanale – produit à partir de produits cultivés dans la région entourant la centrale accidentée ukrainienne par la société Chernobyl Spirit Company.

La firme a été fondée par Jim Smith, scientifique de l’université de Portsmouth au Royaume-Uni, et des collègues ukrainiens. Tous travaillent depuis plus de vingt ans dans la zone d’exclusion de Tchernobyl où ils étudient comment l’environnement évolue depuis la catastrophe nucléaire.

« Pas plus radioactif que n’importe quelle autre vodka »

Il y a quelques années, ces chercheurs ont commencé à faire pousser des cultures au sein de la zone et ont eu l’idée de fabriquer de l’alcool avec. C’est ainsi qu’est née la première bouteille d’ATOMIK en 2019, un breuvage aux « notes plus fruitées » qu’une vodka, selon un article de la BBC.

Ce premier alcool a été conçu à partir de seigle cultivé par leurs soins et d’eau prélevée dans la nappe aquifère de Tchernobyl. Le mélange a ensuite été distillé et dilué pour obtenir un breuvage à 40 degrés. Un breuvage qui n’a montré aucune trace de radioactivité, d’après les tests menés.

« Ce n’est pas plus radioactif que n’importe quelle autre vodka« , a affirmé à la BBC le professeur Smith. « N’importe quel chimiste pourra vous le dire : quand vous distillez quelque chose, les impuretés restent dans les résidus », a-t-il ajouté.

L’opération permettrait ainsi d’éliminer la faible radioactivité du seigle et de l’eau.

Recultiver les terres des environs de Tchernobyl

Car c’est justement l’un des objectifs de la Chernobyl Spirit Company : montrer que certaines terres des zones désertées pourraient à nouveau être utilisées de façon productive, par exemple pour l’agriculture. Une pratique qui est aujourd’hui interdite aux communautés revenues sur place malgré les restrictions.

« Nous ne devons pas juste abandonner le territoire. Nous pouvons l’utiliser de diverses manières et produire quelque chose qui sera totalement sain du point de vue de la radioactivité« , a-t-il justifié, expliquant qu’il avait été frappé par les conditions économiques dans lesquelles vivent les habitants.

« Il y a des hotspots de radiation [dans la zone d’exclusion établie à 30 kilomètres autour de la centrale, ndlr] mais dans la majeure partie, la contamination est plus faible que ce que vous trouveriez dans d’autres parties du monde avec un rayonnement ambiant relativement naturel« , a-t-il ajouté.

« Après 30 ans, je pense que la chose la plus importante dans la région est le développement économique, et non la radioactivité« , a-t-il insisté.

C’est pourquoi Jim Smith et son équipe ont choisi de reverser 75% des ventes de leur alcool aux communautés locales et aux projets de conservation.

1500 bouteilles saisies par les autorités

Depuis la première bouteille sortie en 2019, l’équipe a fait de nouvelles tentatives. Sa dernière création est un alcool à 42° produit à partir de pommes cultivées dans le district de Narodichi, à proximité de la zone d’exclusion, avec l’aide de la distillerie ukrainienne Palinochka.

Pas moins de 1.500 bouteilles ont pu être fabriquées et devaient récemment quitter l’Ukraine. Cette cargaison n’est toutefois pas allée très loin. Selon un récent communiqué, la production qui devait rejoindre le Royaume-Uni a été saisie par les autorités suite à une enquête du service de sécurité ukrainien.

« Il semble qu’ils nous accusent d’utiliser de faux timbres fiscaux ukrainiens, mais ceci n’a aucun sens parce que les bouteilles sont destinées au marché britannique et sont clairement étiquetées avec des timbres fiscaux britanniques valides« , s’est défendu le Pr. Smith dans le communiqué.

Si les causes exactes de la saisie demeurent pour le moment floues, l’équipe a entamé des démarches pour tenter de récupérer sa cargaison. L’avocate de The Chernobyl Spirit Company, Elina Smirnova, a dénoncé

« un exemple évident de violation de la loi ukrainienne« .

De son côté, le co-fondateur du projet, le Dr. Gennady Laptev, chercheur de l’Institut ukrainien d’hydrométéorologie et « liquidateur » présent dès les premières semaines de la catastrophe, a espéré que la production et les ventes pourront bientôt reprendre

« Nous espérons que ce problème pourra être résolu pour que nous puissions continuer notre travail et aider les personnes affectées par les impacts sociaux et économiques dévastateurs de [l’accident de] Tchernobyl », a-t-il conclu.

(Source : GEO)

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