La Bretagne hantée : le château de Trécesson (vidéo)

Il n’y a pas que Merlin, Viviane et le roi Arthur à habiter la forêt de Brocéliande. Il y a la dame blanche du château de Trecesson.

Un cadre propice à l’inspiration

De nombreux auteurs ont souligné la beauté crépusculaire du château de Trécesson, et son apparence qui se prête aux rêveries romantiques. Parmi eux, le Marquis de Bellevüe.

Tout dans ce château prête au merveilleux : ses murailles de schiste rougeâtre, rongés de lichens et tapissés de lierre ; son isolement au milieu d’un pays sauvage, au bord de la mystérieuse forêt de Brocéliande, les hautes collines hérissées de rochers qui l’encadrent ; la masse de son porche et de ses tours se reflétant dans un étang aux eaux dormantes ; tout prédispose l’imagination à recueillir avec émotion les légendes que l’on raconte sur ce manoir, et qui ont inspiré à l’envi les prosateurs et poètes.

L’œil croit apercevoir partout des revenants et des fantômes ; et l’oreille est grande ouverte pour écouter les récits merveilleux, qu’au ronflement monotone d’un rouet, à la lueur mourante d’un feu d’ajoncs se consumant fumeux dans l’âtre immense, une vieille femme vous raconte à voix basse, d’une voix sans inflexion et sans timbre, comme une voix d’outre-tombe…

La légende de la nourrice

L’auteur anonyme de la légende de la Mariée de Trécesson évoque succinctement la légende de la nourrice de Trécesson. Ce château, il y a soixante ou quatre-vingts ans, était habité par M. de Trécesson, si connu par son attachement pour sa nourrice, une histoire grossièrement peinte sur les murs de la grande galerie.

Il faut cependant attendre une soixantaine d’années et la mort d’Armand René du Châtellier (1797-1885), apparenté aux propriétaires du château de Trécesson pour connaitre cette légende. C’est dans l’éloge de ce membre de la Société Polymathique du Morbihan et fondateur de l’Association bretonne par Gustave de Closmadeuc (1828-1918) qu’on en découvre la teneur.

On gagne Ploërmel avec peine et énormément de fatigue. Puis le père et le fils s’embarquent dans une carriole couverte d’une bâche en toile. Ils s’en vont au château de Trécesson, en Campénéac, où habite un oncle du Chatellier. Ils restent huit jours dans ce manoir délabré du XVIe siècle, écoutant, à chaque repas, les récits interminables d’une vieille cousine sur les histoires d’autrefois et les légendes du château de Trécesson.

Une d’elle avait trait à un jeune seigneur de Trécesson « qui, au moment de s’éloigner de sa famille, était conduit par la nourrice au-delà du pont-levis et qui, rendu à une certaine distance, quand la nourrice allait le laisser prendre son essor, se retournait subitement, et revenait, à son tour, conduire la nourrice vers le château, sans pouvoir se séparer d’elle, et sans que celle-ci, de son côté, renonçât à faire la conduite à son jeune seigneur, qui derechef reprenait le pas vers le château, la nourrice repartant encore du pont et du vieux donjon, sans pouvoir se décider à abandonner le jouvenceau aux hasards de l’inconnu. » Naïve légende dont l’écho bourdonnait encore dans le souvenir du vieillard, à l’âge de 88 ans, et qu’il nous a racontée !

La légende des abeilles

Le marquis de Bellevüe est le premier auteur à mentionner une légende concernant l’attrait des abeilles pour le parfum des anciennes châtelaines de Trécesson. Il en a donné une première version orale aux membres de la Revue de Bretagne et de Vendée le 10 septembre 1905.

Le soir M. le marquis de Bellevüe donne lecture de fraîches légendes. La première est intitulée : la légende de Trécesson. Auparavant l’auteur fait l’historique du château de Trécesson, superbe échantillon de l’architecture féodale du XIVe siècle, baigné par un étang. Là, on raconte que les abeilles étaient attirées par une odeur mystique qui, au bout d’un certain temps, les faisait tomber mortes sur le pavé de la salle.

Puis nous frissonnons au récit de la mort de cette jeune mariée enterrée vivante, et dont on voyait, avant la Révolution, le voile sur l’autel de la chapelle de Trécesson. M. de Bellevüe nous narre cette légende en une délicieuse poésie fort délicatement écrite et qui est très applaudie.

Vient ensuite la légende de l’Homme Rouge de Baraton, dont on aperçoit la silhouette la nuit à une fenêtre du château, recouverte d’un pourpoint rouge.

Il en a par la suite donné une courte version écrite dans son article sur l’histoire de Trécesson paru en 1913.

[…] si le matin ou le soir, on ouvre les fenêtres donnant sur les douves, des abeilles en nuée se précipitent dans les appartements, comme attirés invinciblement par une odeur mystérieuse, relent du parfum de toutes les châtelaines, fleurs d’antan dès longtemps fanées, qui s’épanouissaient jadis dans ces murs : parfum persistant mais morbide, car, au bout de quelques instants, les abeilles tombent mortes de l’avoir respiré.

La légende du Pied d’Anon

C’est aussi au Marquis de Bellevüe que l’on doit la plus ancienne mention de la légende du « Pied d’Anon », nom donné à un rocher des landes surplombant Trécesson.

C’est aussi l’aventure d’un seigneur de Trécesson, qui dut la fortune, l’honneur et peut-être la vie, au petit rocher du Pied d’Anon, le plus élevé des rochers de la lande de Lambel, au milieu des buttes qui domine à l’est, l’avenue de Trécesson.

Ce seigneur était un joueur enragé ; une nuit, dans les salons de Versailles, il avait perdu successivement tous ses châteaux, toutes ses fermes, tous ses bois ; il était totalement ruiné, et il quittait désespéré la funeste table où venait d’être dévorée sa fortune, quand il se souvint qu’il possédait encore là-bas en Bretagne, sur une lande aride dominant ses châteaux de Trécesson et Bernéan, un mauvais rocher valant à peine un écu six livres.

Il joua, gagna, gagna encore, et peu à peu rentra dans la possession de tous ses biens. Le fier manoir de Trécesson était sauvé par le pauvre rocher du Pied d’Anon : « on a souvent besoin d’un plus petit que soi ».

La légende de la chambre des revenants

Une cinquième et dernière légende est mentionnée par Charles Le Goffic en 1932. Elle met en scène des revenants jouant aux cartes dans une chambre du château.

[…] La chambre aux revenants. Cette chambre que j’ai visité sans malencontre – mais c’était en plein jour, – se trouve au premier étage, au bout d’un couloir donnant sur d’autres chambres, un peu isolées par conséquent. On la disait hantée : aussi n’y couchait-on guère.

Un invité, esprit fort, proposa ou accepta d’y passer la nuit. Il faut dire que le château, qui n’est point maigre d’apparence, ne contient pas autant de pièces qu’on pourrait croire, d’abord parce que chacune d’elle est spacieuse, ensuite parce qu’elles occupent, sauf la place du couloir au premier étage, toute la largeur du principal corps de logis.

Notre homme donc se couche. Mais impossible de sommeiller, tant la tempête hurlait dans les cheminées et secouait les vitres.

Vers minuit, s’ouvre une porte jusque là invisible, donnant sur une escalier dérobé, et voici s’avancer deux valets aux mains de lune, portant des flambeaux et une table à jeu. Suivent deux gentilshommes. Il s’assoient, ils entament une partie de carte. Un peu ému, mais non affolé, l’invité saisi son pistolet et vise les joueurs.

Il dut s’endormir ensuite. Comment fit-il pour avoir sommeil ? L’histoire ne le dit pas. Elle dit seulement qu’à son réveil, tout avait disparu… sauf la table et,sur cette table l’enjeu, composé d’une respectable pile de louis d’or.

Or, oyez cette suite édifiante : l’esprit fort reconnait de bon cœur que la chambre n’a pas volé son nom, et qu’on y revient, en effet ; mais il réclame comme son dû la pile de louis abandonnée par les joueurs fantômes.

Protestation énergique du châtelain, et finalement procès au Parlement de Bretagne. La tradition veut que les pièces (celles du procès, et non de la pile.) soient encore aux Archives de Rennes.

Pas aux Archives Départementales, où l’éminent archiviste de l’Ille-et-Vilaine, M. Bourde de la Rogerie, a fait inutilement des fouilles, mais peut-être à celle du Palais de justice. Je crois entendre un psychiatre, ayant en main la clef des songes, m’assurer qu’il est superflu d’aller remuer ces paperasses, et que rien n’est plus explicable qu’une telle vision.

(Source : Encyclopédie de Brocéliande)

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