Education : les notes sur 20 ou l’illusion de la justice

Des élèves d'une classe de CM2 passent leur test d'"évaluation nationale", le 18 janvier 2011 dans une école de la région parisienne. (BORIS HORVAT/AFP)

Des élèves d’une classe de CM2 passent leur test d' »évaluation nationale », le 18 janvier 2011 dans une école de la région parisienne. (BORIS HORVAT/AFP)

Obsolète, aléatoire, inefficace, notre système de notation est dépassé depuis longtemps mais… Gare à qui ose y toucher ! Sujet tabou.

Une nouvelle fois, notre système de notation est sur la sellette. Vincent Peillon dès son arrivée au ministère avait promis d’en finir avec les notes « sanction », qui découragent les élèves. Benoît Hamon vient de reprendre le flambeau, aussitôt assailli de 1.000 critiques.

On-ne-touche-pas à nos bonne vieilles notes sur 20 ! Agées d’un siècle et demi, elles apparaissent aujourd’hui encore comme le symbole même de la méritocratie. Dans notre imaginaire, ces notes sentent bon la plume sergent et l’encre violette. Elles symbolisent l’école laïque et républicaine, celle qui récompense chacun selon ses mérites. Et pourtant…

Une pseudo-science

Les notes sont injustes. Flanquées à la tête du client, selon l’humeur du capitaine ou la vitesse du vent. Mauvaise excuse de potache ? Pas du tout. Conclusion de nombreux chercheurs. Et cela ne date pas d’aujourd’hui : « Dès les années 20, les décimologues ont mis en évidence le manque de fiabilité des notes, leur caractère souvent arbitraire », explique Sylvène Kitabgi, auteur d’une étude pour la chambre de commerce de Paris.

Même s’ils ont à cœur d’être impartial, les enseignants sont, à leur insu, influencés par toutes sortes de choses. Le niveau de la classe, le sexe de l’élève, son origine sociale, ou encore… l’ordre de correction des copies. Sans parler de l’effet bien connu du niveau de l’établissement. Les plus élitistes mettant un point d’honneur à être particulièrement secs.

Des biais qu’on ne veut pas voir…

C’est si vrai qu’à Paris, le rectorat « pondère » selon les collèges, les notes prises en compte pour affecter les élèves dans tel ou tel lycée… « Ces biais ont été démontrés par des études scientifiques très sérieuses, mais on fait toujours comme s’ils n’existaient pas ! On ne change rien au système… », constate la spécialiste Bruno Suchaut, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation.

Cette façon d’évaluer les connaissances des élèves est aléatoire et biaisée de multiples façons. Les spécialistes le savent depuis longtemps, mais pas le grand public. Cela reste tabou. »

Ce chercheur parle d’expérience. En 2008, il met discrètement en ligne une étude intitulée : la loterie des notes au bac. Celle-ci montre qu’une même copie du bac, soumise à 30 correcteurs, peut voir son score varier de dix points. Et fait aussitôt scandale. « J’ai été très surpris ! Il s’agissait  juste d’une illustration très banale de faits déjà mis en évidence par de nombreux travaux. »

Notamment une étude qui remonte à 1962. Elle conclut que pour obtenir une note « juste » aux épreuves du bac, il faudrait faire la moyenne de celles données par 13 correcteurs en maths, 78 en français et 127 en philo…

Un outil obsolète et nuisible

Pire. Ces notes si peu fiables, que nous pratiquons sans rien y changer ou presque depuis 1880, sont le pilier même de l’orientation. « C’est absurde, on décide du devenir de jeunes en s’appuyant sur un outil obsolète, peu fiable, au lieu de s’intéresser à leurs différentes compétences, aptitudes, aspiration. Il s’agit juste de les trier », regrette Michèle Dain, directrice du BIOP, le centre d’orientation de la chambre de commerce de Paris.

Ce centre reçoit chaque année plus d’un millier de jeunes, premiers de classes ou exclus de l’école. Michèle Dain est frappée par leur désarroi grandissant :

On parle beaucoup du stress des salariés, de la souffrance au travail, de harcèlement, mais on ne réalise pas que tout cela existe plus encore à l’école. »

En cause notamment, ces contrôles « à l’ancienne », inefficaces puisqu' »ils ne donnent pas aux élèves des outils pour progresser », étroits dans les compétences évaluées et de surcroît bien plus fréquents chez nous que chez nos voisins. Et dans certains pays, Finlande, Suisse, Danemark – mais si c’est possible -, on se passe tout simplement de notes, soit jusqu’au lycée, soit même jusqu’au bac.

(Source : Le Nouvel Observateur)

5 réflexions sur “Education : les notes sur 20 ou l’illusion de la justice

  1. c vrai que noter….quand les élèves n’ont pas compris ce qu’ils écrivent….alors c nul ….au lieu de mettre un zero …leur mettre… »qu’est ce que vous n’avez pas compris a votre avis?…
    à lire Victor Hugo 20 pages ensuite m’expliquer pourquoi telle phrase ou telle expression est écrit comme cela »…
    Je crois que ils réflêchiront plus facilement…et ne seront plus véxé….et seront conscients de leur manquent…..pour les petits…en faire autant avec des livres à leur portés……
    mais c vrai que ça les démoralise…..un max…les zéros…..

  2. Même Mai 68 n’est pas venu à bout de ce système de notation !… Jacques Bodoin, Jean-Jacques ( La foire aux cancres ) essayaient d’en faire rire !… Gotlib, dans sa « Rubrique-à-brac » concluait qu’il fallait contraindre ses examinateurs par la force pour qu’ils vous mettent 20/20 !!!… ( Et pour cela, il transformait son « élève Chaprot » ( pourtant plus modéré que Ducobu !…) en super-héros !…

  3. Expérience personnelle, étant d’une nullité affligeante en maths, il me fallait beaucoup d’efforts pour monter ma moyenne a 11, puis un contrôle surprise où un zéro arbitraire la ramenait aussitôt a 6.
    Nul en maths mais ayant des capacités à estimer les valeurs au pifomètre, ma conclusion a été simple: autant rien foutre et avoir une moyenne de 5 que de me casser le c.. pour une moyenne de 6.
    Une autre expérience, un prof qui ne pouvais pas me saquer parce que je méprisais sa connerie, bien que je sois toujours resté poli avec lui, m’a collé un zéro éliminatoire au BEP sur une note coef la plus élevée (je me souviens plus du chiffre) et, après calcul, en comptant ce zéro, j’avais 11.9 de moyenne, la matière portait sur les documents de transport de marchandises (de la paperasse, quoi), rien de bien dangereux donc, mais BEP raté parce que je suis tombé sur un abruti à l’exam, enfin bref.
    Quant aux zéros de punition, je ne pense pas que les profs aient vraiment conscience qu’à chaque fois qu’ils font ça, ils influencent directement l’avenir de l’élève, je serais plutôt partisan de punir en donnant du travail supplémentaire, où tout simplement les bonnes vieilles heures de colle 😉
    Ce système totalement idiot doit être changé, et le plus tôt sera le mieux.

    • « Abruti » ?… Plutôt faussaire !… Au moins, auparavant, on se retrouvait avec zéro … de conduite, c’est à dire, une notation séparée !… Mais le bagne peut surgir à n’importe quel moment : moi, çà a commencé en 55, quand j’ai osé dire qu’on jour, on irait sur la Lune !… Bien sûr, j’ai été ridiculisé devant toute la classe , puis toute l’école !… Mais un bourreau ne se contente jamais d’une petite bouchée, il veut dévorer la proie toute entière !… Très heureusement pour moi, c’était aussi un pédophile ( On l’a su plus tard …) et mon calvaire n’a pas été trop long !…

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