La pêche aux insectes : pratique culturelle des chimpanzés ?

La pêche aux insectes est une des pratiques les plus étudiées chez les chimpanzés. Elle concerne surtout les femelles, les mâles préférant la technique moins délicate qui consiste à plonger le bras dans le nid pour y remonter des poignées d’œufs, d’insectes et de terre mélangés.

Quand elle veut pêcher, la femelle commence par repérer un nid, souvent déjà connu et exploité par le groupe. Elle cherche alors une brindille dans les arbres alentours, la casse, la débarrasse éventuellement de ses feuilles et de son écorce, la taille à la bonne longueur avec, pourquoi pas, un bout pointu. Elle retourne alors au nid, fait la queue si un collègue est déjà à table puis, son tour venu, plonge son outil dans les galeries pleines d’insectes.

Les chimpanzés ont-ils des pratiques culturelles ?Les chimpanzés ont-ils des pratiques culturelles ? © Patrick Goulesque

La pêche est-elle une pratique culturelle des chimpanzés ? Cela se pourrait. D’une part, toutes les populations ne pêchent pas à l’aide de baguette : dans la forêt de Taï, en Côte-d’Ivoire, on ne pêche des termites qu’avec les bras. D’autre part, dans les groupes utilisant une baguette, les techniques de préparation varient d’un lieu à l’autre. La plupart du temps, l’extrémité de l’outil est pointue, sans effilochage, pour une progression optimale dans les galeries. Si elle est usée, le pêcheur la mordille pour la remettre à neuf. Mais un groupe vivant en République démocratique du Congo (RDC) fait exactement le contraire : ses membres abîment volontairement la pointe, à la main et avec les dents, pour l’effilocher et s’en servir comme brosse ! Ils passent régulièrement la baguette dans le creux de leur main pour ranger les fils, comme un peintre recoiffe son pinceau ébouriffé. Un tel outil peut même être exploité de plusieurs manières, la plus sophistiquée consistant à user du « manche » pour agrandir l’entrée de la galerie, puis de la brosse pour ramasser les termites. Au final, ce groupe vivant en RDC a développé une technique de pêche unique au monde…

La pêche aux insectes par les chimpanzésLa pêche aux insectes par les chimpanzés. © Patrick Goulesque

Côté fourmis, là encore, à chacun sa méthode. Les populations de chimpanzés vivant dans les parcs nationaux de Bossou (Guinée) et de Taï pêchent des fourmis légionnaires, des nomades qui se déplacent à la recherche de proies en établissant à chaque étape un camp de base. Pour les ramasser, les chimpanzés utilisent leur baguette soit comme une sonde qu’ils plongent dans les galeries du nid, soit comme râteau pour récolter les fourmis dans les bataillons en déplacement. À Bossou et à Taï, on pêche les cinq mêmes espèces de fourmis, dont certaines sont très agressives et peuvent mordre douloureusement l’assaillant. Conséquence logique : les baguettes utilisées pour pêcher les fourmis agressives sont en moyenne plus longues. Ca laisse au chimpanzé plus de temps pour ramasser les fourmis avant qu’elles remontent le bâton, toutes mandibules dehors.

Les chimpanzés utilisent des baguettes pour récolter les fourmis. Les chimpanzés utilisent des baguettes pour récolter les fourmis. © Thomas Lersch, CC by sa 3.0

Les singes utilisent d’ailleurs deux techniques pour recueillir leurs proies. Soit ils lèchent directement les fourmis en faisant glisser la baguette entre les lèvres, soit ils font d’abord coulisser celle-ci dans leur poing pour ramasser les insectes au creux de la paume, avant de les mettre à la bouche comme on goberait une poignée de petits bonbons. Lorsqu’ils pêchent les fourmis agressives, les chimpanzés préfèrent naturellement cette seconde technique, qui limite les risques de morsures aux lèvres.

Certaines différences observées entre les techniques de Taï et de Bossou ont donc une explication d’ordre écologique : à fourmi dangereuse, technique prudente. Ce qui est moins explicable, c’est qu’à Taï on n’a jamais observé un chimpanzé pêcher des fourmis en procession à la surface. Toujours au fond du nid ! Alors qu’à Bossou les deux techniques sont employées. À Taï, les baguettes sont toujours, en moyenne, plus courtes qu’à Bossou ; une région où les insectes sont parfois ramassés avec des nervures centrales de feuilles à la place des bouts de bois, et où ces mêmes feuilles sont utilisées comme serviettes après la copulation. Comportement jamais observé à Taï…

(Source : Futura Sciences)

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